Graver la mémoire immémoriale des blocs erratiques

Nicholas Galanin a volé dans le ciel pour atterrir dans les boisés des Jardins du précambrien. Il est venu de loin, l’artiste. D’Alaska. Sa communauté d’appartenance est celle des Tlingit, l'un des « Peuples du Saumon », dont l'ensemble des territoires s'étend le long de la côte Ouest de l’océan Pacifique. D’ouest en est, cette Nord-Amérique recèle cependant une réalité matérielle et temporelle immuable, à l’érosion lente. Elle a l’âge immémorial des rochers; ses blocs erratiques sont les plus vieilles pierres de l’humanité. Un geste artistique non moins ancien, préhistorique et fondateur de l’art, s’y est incrusté : les pétroglyphes et autres fresques, ces dessins gravés sur pierre, souvent mystérieux. Avec en main un outil à graver, un crayon ou des feuilles d’or, l’artiste amérindien s’est doublement investi, s’inspirant à la fois des signes préhistoriques et des logos corporatifs qui usurpent l’image des « Indiens ».

Avec Prerequisite / Prérequis, il les détourne pour faire surgir de plusieurs arbres et végétaux ainsi que d’un amas de pierres à l’entrée de la trajectoire du sentier un premier détour identitaire : « Indian Land TM ». L’agrégat minéral anonyme, qu’on ne remarquait plus, devient texture du territoire. Les plantes étiquetées sont les entités symboliques d’une réappropriation de la Terre de ses ancêtres. L’idée de la marque de commerce comme extension de la propriété privée est révélatrice non seulement du poids de l’histoire de la colonisation, mais aussi de nos sociétés actuelles fondées sur l’individualisme exacerbé et le profit immédiat. Si le geste est élégamment stylisé, usant d’ironie, il est aussi politiquement explicite par l’intermédiaire de l’art.

Chloë Charce
Guy Sioui Durand

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