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Extrait d'un article paru en mai 2003....
Bonne lecture.
Vous en saurez ainsi un peu plus sur le fameux "Quelqu'un"...
ALFA ROMEO MINARI ROAD-SPORT, la genèse...

Créer une automobile, sa propre automobile, en imaginer l'architecture, en dessiner les formes...
Beaucoup d'entre-nous en ont rêvé aux temps téméraires des caisses à savon lâchées dans les descentes propices, mais bien peu ont suffisamment poursuivi l'idée.
Et nous roulons tous et toutes en prêt-à-rouler, tout comme nous nous habillons en prêt-à-porter...

Patrice De Bruyne qui dispose de la citoyenneté Française et Belge, lui, a vécu sa jeunesse dans le sur-mesure, pas par goût du luxe, non, mais parce que son père était artisan du sur-mesure, Maître-tailleur.
Il a aussi, simultanément vécu la passion de ses grands-parents, son grand-père maternel, un fanatique de motos qui en fit son métier et qui en est mort très tard, heureusement, lui laissant cela en héritage, tandis que son grand-père paternel lui dévoilait les arcanes de son métier : antiquaire.
A la fin de ses études d'architecture, Patrice De Bruyne va mélanger tout cela, l'architecture et le design, le sur-mesure, la mécanique et les antiquités....
Avant de réussir ce cocktail, il va réaliser des magazines, d'abord de décoration et d'architecture, ensuite d'automobiles, le tout dans un labyrinthe d'affaires, de passions et parfois de désillusions.

Chromes & Flammes, un magazine d'automobiles extraordinaires, fut son coup de génie, extrapolé d'une campagne de publicité qu'il avait créé pour British Américan Tobacco : Viking, une cigarette mélangeant tabac noir et tabac blond, du temps ou il s'essayait à la publicité, fin des années '70....
Son idée, une fille noire et une fille blonde habillées de peaux de bêtes comme des Viking... et chevauchant des Choppers comme dans le film Easy-Rider, ou pilotant des Hot-Rods comme dans le film Américan Graffiti, deux moyens de contrer l'image vieillissante du cow-boy Marlboro sur son canasson éreinté....
Pas de publicités classiques, pas de presse, pas de TV, rien que des distributions d'échantillons de cigarettes avec un prospectus reprenant l'imagerie des Hot-rods et choppers, par une multitude de filles noires et blondes pilotant ces engins extraordinaires..., le tout sur le fond musical de Lou and the Hollywood Bananas...

Le premier directeur de B.A.T. Europe le soutenant, la campagne démarra avec 350 millions de budget.
6 mois plus tard, ce directeur fut nommé en Amérique du sud et son successeur voulu immédiatement en revenir à de la publicité classique, pages de pubs et affiches 20m²...
Patrice De Bruyne fut viré..., avec dédommagements, préavis, et les Hot-rods en cadeaux.
Il réunit le tout, le prospectus devint magazine que l'argent du préavis finança... et les hot-rods furent repeint dans le thème de celui-ci.

Sa première impulsion fut de nommer ce magazine "Pretty Car", mais après 4 numéros, alors qu'il s'occupe du lancement de la première course de Dragsters sur le circuit des 24 heures du Mans, il à un flash à la vue des chromes des moteurs er des flammes d'échappement..., Chromes&Flammes était né.
Quelques années plus tard ce magazine était publié à 500.000 exemplaires en 5 langues et éditions dans le monde entier.

Fin des années 80', après 20 années d'éditions automobiles, il vend sa maison d'édition alors que la bourse est au plus haut et que le monde de l'automobile vit une euphorie sans précédent.
Il réédite alors deux autres magazines automobiles, l'un concernant les voitures de sport et de grand luxe, l'autre les véhicules personnalisés, le "custom" de l'époque qui deviendra le "tuning" actuellement.
Il vend ses titres quelques années plus tard, lassé de l'édition et désireux de s'amuser dans un business de véhicules hors normes : Les Automobiles Extraordinaires, société Monégasque à partir de laquelle entreprend d'importer la marque Excalibur en Europe.

Au hasard de ses prospections en Angleterre, Patrice De Bruyne rencontre des personnes capables de construire des voitures en petites quantités pour des prix plus que bas et qui lui présentent une maquette qui s'articule sur une ancienne idée de Colin Chapmann, le père des Lotus, une voiture monocoque en polyester, sans châssis comme les premières Lotus Elan.

La maquette sert de base pour Patrice De Bruyne à une création plus que spéciale dans l'esprit des Zagato.
Pour limiter les coûts, la motorisation est reprise des Alfa Roméo Alfasud et Alfa 33, un Flat-four de haut rendement.
Le résultat est spectaculaire.
De plus, la voiture, sans châssis (structure auto-portante en polyester), ne pèse qu'environ 700 kg alors qu'elle est motorisée par un 16 soupapes 4cyl 1750cc injection de 150 cv ...
Détonnant !

"En fait, cette voiture a été pensée en fonction de la législation belge de 1995", nous dit Patrice De Bruyne, "A cette époque, les voitures de plus de 25 ans étaient considérées comme voitures ancêtres ne devant pas être présentées dans des contrôles techniques. De plus il n'y avait plus l'obligation depuis 1995 de présenter la voiture aux services administratifs pour être dédouanée et recevoir une vignette "705" permettant une immatriculation. Donc, pas de présentation de la voiture, et pas de contrôle technique, à cette époque on immatriculait des papiers.... Le concept Minari, qui était le nom que j'avais donné à cette voiture et le nom de mon idée, consistait à utiliser une Alfa Roméo Alfasud ou 33 de plus de 25 ans et de la re-carrosser, même si en réalité la Minari ne faisait que reprendre les trains roulants, la mécanique et son berceau de fixation... Mais comme les lois en Belgique précisaient que les véhicules de plus de 25 ans étaient exemptés de contrôle technique, que de ce fait les véhicules ne devaient pas satisfaire aux normes édictées pour les C.T., qu'en plus les formalités de douane étaient légalement réduites à la présentation des papiers, sans le véhicule..., la Minari était légalement immatriculable en tant qu'ancêtre de plus de 25 ans... C'était génial. Légalement pas de taxes, ou vraiment très peu, et une assurance ancêtre d'un coût ridicule. Je tenais ma revanche contre l'Etat Belge qui m'avait, quelques années auparavant, taxé à 117 millions plus amendes et accroissements en tous genres...., affaire que j'ai mis 8 ans à gagner pour la ramener à 5 ou 6 millions, ce qui était déjà énorme.., les salopards. Je hais les fonctionnaires qui passent leur temps à em....... l'autre moitié du monde. Mais passons. Revenons aux Minari. Légalement j'ai donc expliqué tout cela dans un prospectus, et je me suis inscrit au salon de l'automobile de Bruxelles de janvier 1996 pour y exposer 4 voitures, toutes plus flashy les unes que les autres, des voitures neuves, reconditionnées mécaniquement, immatriculées légalement comme ancêtres.... "
Et..., cela a du vous valoir un succès important ?
"Ahahahah, ce fut terrible, le premier jour, celui de l'inauguration, alors qu'en fait le stand Minari-De Bruyne était à moitié caché, TOUT les officiels, la direction de la police, deux colonels de la gendarmerie, un ministre et la direction de la D.I.V., (l'administration des transports comme les Mines en France), ainsi que des hauts-responsables des finances, les contributions, le fisc..., tous auscultaient la voiture et le prospectus en hurlant que ça ne se passerait pas comme ça.... Ahahahahahah Bon, je ris de cela avec le recul du temps, mais l'Etat belge s'est alors mis en branle pour échafauder une loi rien que pour moi... Ils ont mis presque deux ans, bien sur, mais la loi de décembre 1998 qui modifie les procédures d'immatriculations, a été faite pour contrer mon concept Minari et toutes les voitures du même style. Notez que j'étais le seul à en avoir fait une voiture. Les autres utilisaient les lois de l'époque (1995) pour immatriculer des Kit-cars, des Customs, des Répliques et des Cobras ainsi que des Seven... Belle époque. Je n'étais pas la régie Renault, mais quelques Minari furent vendues et immatriculées légalement en Belgique suite au salon de 1996. Ensuite le concept fut vendu à un revendeur de motos dans la région Tournaisienne qui mit trop de temps pour l'améliorer. Il aurait du foncer. Le public aussi, car disposer d'une voiture très design dans la conception des Lotus Elan de Colin Chapmann, sans payer de taxes et en acquittant un montant ridicule d'assurance, était unique... Mais les gens sont généralement des "beaufs"... Ils achètent comme des moutons. Tous ne sont pas ainsi, heureusement, mais beaucoup, hélas... Bref, le repreneur fut rattrapé par la loi de décembre 1998 et il dut alors présenter la Minari comme une voiture neuve satisfaisant aux normes en vigueur... Mission impossible. Il a essayé malgré tout, mais il a finalement renoncé et m'a demandé dernièrement de lui acheter la première des Minari qu'il avait construite après qu'il m'avait acheté le concept. C'est cette Minari cabriolet jaune, intérieur noir, qui a été vedette de plusieurs salons dont Genève, mais qui avait été conçue en fonction des lois d'avant décembre 1998, c'est une véritable voiture de collection, une pièce historique, un monument de l'ingéniosité fiscale, c'est aussi une splendide pièce de design automobile, tout en étant une voiture rarissime puisque seulement 14 ont été construites. La D.I.V. devrait me l'acheter pour la placer comme un monument à leur gloire dans le patio de leur building ou dans le bureau du ministre des transports. Je les hais tous, parce qu'ils se sont servis de leur "autorité" pour réaliser une loi, non pas en faveur de la collectivité mais au service de leurs finances... De plus, ils m'ont cassé les pieds en 1999, pour se venger, en bloquant l'immaticulation de deux voitures, une Lea-Francis Ace of Spade et une Clenet noire première série. J'ai du galérer plus de quatre ans, période durant laquelle j'ai du faire intervenir la Commission Européenne qui a menacé l'Etat Belge de contraintes financières importantes, utiliser les services du Médiateur Fédéral, et aller discuter plusieurs fois avec la Ministre Durant en présence de son staff et d'un Colonel de gendarmerie, pour obtenir une demi-satisfaction..., l'immatriculation de la Léa-Francis... Mais la Clénet est toujours en attente ! La Belgique est un pays surréaliste et il y a beaucoup de cons et connes au pouvoir... Bref, c'est du passé, mais c'est une partie de mon histoire..."

Les journalistes spécialisés rencontrent chaque année, au hasard, quelques professeurs Tournesol qui pensent réinventer l'automobile.
Ils s'agitent le plus souvent autour d'une maquette destinée à lever des fonds avant d'aller plus loin, ou de faire demi-tour.
Patrice De Bruyne, lui a été plus loin, il a vraiment produit sa voiture et en a commercialisé 14 !
Ce n'est pas un professeur Tournesol, c'est un mélange de Tintin, de capitaine Haddock et de Rastapopoulos génial, déjanté et d'une intelligence hors-norme, tout en ayant un sens de l'humour à couper le souffle.

Certes un peu amer, un tantinet désabusé, il n'en reste pas moins une figure marquante de la vie économique.
Sa création, la Minari, a tout ce qu'il faut pour surprendre, à commencer par une esthétique flamboyante.
Magnifique finition de l'étroit cockpit, design exhubérant de la carrosserie, ingéniosité du concept monocoque en polyester sans châssis,.
Cette première impression favorable et dubitative à la fois, incite à en savoir plus.
La Minari est une sorte de fantôme automobile, mais c'est une voiture extraordinaire.
Non seulement le souffle de son Flat-four Alfa 16 soupapes 1750cc et son incomparable légèreté (700kgs seulement) donnent à la Minari des performances manifestement exceptionnelles, mais elle est aussi capable de rouler à allure normale avec une facilité de conduite parfaitement convaincante.
Il ne s'agit donc pas d'une Alfa Roméo Alfasud ou 33 déguisée en voiture de sport, c'est une réelle voiture de sport qui sait se mesurer efficacement aux plus grandes et plus prestigieuses.
Cette prise en main fut aussi un coup de coeur.

La Minari est plus qu'une vraie voiture, c'est un concept génial qui relègue bien des voitures au rang de merveilleux bricolages ou d'icones trop sanctifiées assoupies sur leurs autels trop hauts.
C'est réellement dommage que le législateur Belge et l'administration de la D.I.V. a blessé cette voiture et empêché son épanouissement, de même façon qu'ils ont tué d'autres artisans automobiles comme Apal, Van Clee et Ritter, à coups de déraisonnables contraintes.
Pourtant, des pays comme l'Angleterre et les USA, favorisent ce type de véhicules qui permettent l'expansion de toute une série de firmes, industriels et artisans, qui consolident le tissus économique.
Aujourd'hui, 14 Minari roulent de par le monde, ce qui ne garantit pas d'en rencontrer une au détour de chaque rue.
Mais Patrice De Bruyne a réalisé un rêve, créer sa propre voiture et l'adapter au mieux en fonction des lois pour qu'elle ne coûte pas énormément, tout en donnant un maximum de plaisirs.

G. Rigoux
AutoMag Mai 2003

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