Fenêtre sur cour[s]
Samedi 6 mars 2010 – 15h30 et 17h30
Transforme 2009-2010 – La perception
Parfaire – session 4/4
Myriam Gourfink - direction artistique
Teresa Acevedo (Espagne), Clément Aubert (France), Erika Di Crescenzo** (Italie), Lucie Eidenbenz* (Suisse), Virginie Garcia (France), Ammar Habli* (Tunisie), Sylvia Hillard (France), Kevin Jean (France), Thibaud Le Maguer (France), Cris Oliveira* (Brésil), Luna Paese* (Italie), Anatoli Vlassov (France) – auteurs-interprètes stagiaires
Evan Gardner (Etats-Unis - Suède), Fernando Garnero (Argentine) et Daniel Zea (Colombie) – compositeurs stagiaires
Hélène Colombotti – percussions, Anne Rodier – voix / Andy Emler – consultant musical
Arnaud Le Mindu, Karim Berrichi - régie technique / Mathieu Bouvier – captation vidéo / Emmanuelle Mougne – rédaction / Géraldine Schmitt - administration
Transforme est conçu comme une académie humaniste, un lieu où chacun vient enrichir ses connaissances pour nourrir sa production intellectuelle et artistique. L'enseignement s'articule autour d'un thème moteur de recherche sur les écritures et les modes de composition dans les champs de la danse et de la musique. Il se développe sur quatre sessions entre l'été 2009 et mars 2010. Cette année, Transforme questionne la perception autour de la forme du solo.
Après une première session lors de laquelle artistes, scientifiques, philosophes ont transmis leur savoir sous forme de conférences, de discussions, d'ateliers ou de cours théoriques, une deuxième session où les douze «stagiaires» ont approfondi la question du solo et exploré leurs propres matières chorégraphiques, la troisième session leur a permis d’affiner leur travail.
Cette dernière session a consisté à se focaliser sur une des pistes ouvertes au cours des recherches afin de finaliser une proposition.
A partir des matières dégagées précédemment, les auteurs-interprètes ont composé et agencé les éléments en fonction de leur propre logique perceptive et développé plus encore le travail avec les compositeurs, danse et musique se structurant en regard.
Ce quatrième et dernier volet de Fenêtre sur cour[s] expose donc douze propositions de solo singulières et d’une grande diversité. Elles ont pris le parti d’investir des lieux jusqu’alors inhabituels : certains montrent leur travail dans la salle des Charpentes, d’autres en Galerie Nord, d’autres encore dans la salle des Ateliers, dans le Réfectoire ou dans les Anciennes cuisines et invitent ainsi à un parcours chorégraphique au sein de l'abbaye dans lequel lieux et danse se répondent.
Fenêtre sur cour[s] – 15h30
> Lieu – Salle des ateliers
Lucie Eidenbenz*, The Boiling Point / Storytailing 4
Collaboration musicale et scénographique : Daniel Zea
Il y a une fille sur le mur. Et aussi quelques fils électriques. C’est l’histoire d’un lit renversé où se creuse une danse nocturne. Parfois diurne.
C’est un aéroport où des bouilloires s’apprêtent à décoller. Un panoramique en noir et blanc, avec quelques incrustations de couleur. C’est un bain turc dont est prisonnière une hôtesse de l’air. Un geko somnambule dans un couloir où soupirent quelques êtres en ébullition.
C’est aussi une rivière électrique, qui fait danser dans son lit une chevelure. Comme ces courants et ces ondes qui traversent notre cerveau quand on rêve.
> Lieu – Galerie nord
Sylvia Hillard, White Spirit (titre provisoire)
Collaboration musicale : Daniel Zea – Bande son : Nicolas Guerrero
Installée frontalement face au public, munie d’un ballon blanc aimanté à sa bouche et dissimulant son visage, Sylvia Hillard offre un ballet étrange qui joue avec l’abstraction de la forme (lignes graphiques du corps, invisibilité du visage) et la matérialité du corps (impulsions intérieures produisant le mouvement, oscillations, balayage, vibrations,…). S’inspirant de l’aéro-peinture futuriste, elle poursuit un travail qui ouvre sur une dimension immatérielle, témoignant ainsi de manière poétique des liens entre l’intériorité psychique et une transfiguration du paysage.
> Lieu – Réfectoire des moines
Erika Di Crescenzo**, Étude pour la sainteté (titre provisoire)
Compositeur : Evan Gardner – Voix : Anne Rodier
Pour cette dernière session, Erika Di Crescenzo se confronte une fois encore à la question de la sainteté… et de son rapport à la santé. Elle se laisse emporter par une forme d’hystérie et d’extase religieuse et explore le don de soi et la violence du sacrifice, allant jusqu’à le lier à l’inceste. Son travail corporel, vocal et musical hésite entre la plainte et la jouissance, le sacré et le profane. Arpentant le vaste espace du Réfectoire, elle se lance dans une course éperdue, dans une quête maladive avec son trop plein de demandes adressées à Dieu. Entre enthousiasme et entêtement, érotique et mystique, ironie et croyance, elle déploie ainsi une danse expressive pour montrer l'ingénuité qu'il y a à chercher Dieu.
> Lieu – Salle des charpentes
Thibaud Le Maguer, Unum (étape 4)
Compositeur : Daniel Zea
Un corps au sol, nu, se déploie lentement. Accompagné d'une musique qui monte en puissance, il entraîne dans le vertige de la dissociation. Très vite il semble être plusieurs corps, composé de fragments autonomes et indépendants. A la danse précise et virtuose de Thibaud Le Maguer qui se développe du sol à la position debout, s'ajoute une composition musicale qui brouille les repères auditifs. Dans ce travail, l'enjeu est toujours de surprendre l'écoute et la vision par l’apparition d’images qui surgissent d'un mouvement continu, et qui invitent l'imaginaire du spectateur à construire sa propre perception.
Luna Paese*, Hyperborée (1∞)
Compositeur : Daniel Zea
Sur scène, Luna Paese est accroupie, le regard fixe, aux aguets, suspendue dans le temps. C'est là tout son travail: rechercher l'état qui précède et génère le mouvement - une ligne de tension, une énergie en puissance, générée par l’attente, par la concentration. Dans ce lieu, rien ne s’accomplit, rien n’est terminé, comme si Luna Paese tentait par différentes stratégies de se soustraire à l’impératif de l’action. Il s’agit pourtant de retenir l’œil du spectateur dans une zone du milieu, sans nom, qui tend à l’infini.
Cris Oliveira*, Le lit au-delà de la rivière, distiller la peau
Compositeur : Fernando Garnero - Percussions : Hélène Colombotti – Guitare : Evan Gardner - Electronique : Daniel Zea - Chant : Anne Rodier
Cris Oliveira poursuit son travail autour de la symbolique organique des liquides et de la peau de manière à la fois frontale, directe (miel, lait, eau, huile...) et métaphorique, se modelant et recomposant une identité à partir de ces éléments. Elle déploie ainsi une performance en bord de scène, jouant de l’eau et du plastique (bâche au sol, gants mappa), de la vitesse et du conflit, du flux et de l’intensité, accompagnée par une composition musicale riche, dense, partant d'un tapis sonore très organique qui se déploie et monte en puissance, travaillant les discordances et la saturation avant de retrouver une forme d'apaisement cristallin.
Anatoli Vassov, L’envers du dehors, solo chorégraphique pour un corps étendu
Compositeur : Fernando Garnero – Percussions enregistrées : Hélène Colombotti
Anatoli Vassov explore les confins du corps dansant, depuis l’intériorité organique jusqu’à l’extériorité de l’espace. Grâce à une caméra avalable (qui sera ingérée en temps réel dans le spectacle futur), des images filmées à l'intérieur de son corps (endoscopiques) sont projetées sur une grosse caisse tandis que des images de l’espace environnant filmées à partir de caméras fixées sur son propre corps (exoscopiques) sont projetées sur les murs. L’envers du dehors propose ainsi une extension du domaine du corps en articulant les rapports singuliers de ses différentes « apparitions ».
Virginie Garcia, Kraft (titre provisoire)
Percussions : Hélène Colombotti - Electronique : Daniel Zea
Virginie Garcia danse sur une étroite bande de papier kraft qui tombe sur scène à la verticale. Elle en joue, s’y abandonne ou la scrute, pour finir avalée dans un grand bruit de papier froissé. Forte de l’énergie accumulée, elle se met en marche, avec des foulées rythmées par les percussions d'Hélène Colombotti, et la composition de Daniel Zea, de façon à la fois sérieuse (sa marche et sa scansion évoquent parfois un défilé) et légère (une pointe de distance et d’humour se glisse toujours dans les interstices). Après s’être contrainte d’écrire sur une langue de papier, Virginie Garcia reprend ainsi possession d’un territoire.
Kevin Jean, La 36e chambre
Les pieds dans des boucles noires, Kevin Jean se suspend au bout d'une corde, tête en bas, avec pour contrepoids un bidon. A partir de cette position, il offre d'étonnantes variations qui évoquent tour à tour la chute, l'étrangeté d'un corps « en mauvaise posture », entravé et pourtant encore libre de ses mouvements, observés et éprouvés de nouveau, avec douceur et fluidité. Kevin Jean joue du corps empêché et comme échoué, à la manière d'un corps étranger qu'il faudrait reconquérir et escalader. L’entrave devient alors une autre façon de lâcher prise.
> Lieu – Salle des charpentes
Clément Aubert, Lucioles
Compositeur : Evan Gardner – Percussions : Hélène Colombotti – Lumière : Fernando Garnero
Clément Aubert explore les contradictions qui agitent un corps, la circulation des humeurs, leur incarnation. Le visage s'ouvre dans un sourire puis se referme, le corps cherche une posture, une place, un éclairage, en s’approchant ou s’éloignant de la table lumineuse qui seule dévoile la scène. Entre masculin et féminin, Clément Aubert entend condenser et inventer l'ambivalence de nos vies, questionner le désir d'ubiquité et de métamorphose, faisant sienne la phrase de Pessoa : « l’homme est tout entier un désordre tranquille ».
> Lieu – Anciennes cuisines
Ammar Habli*, Passage d'un corps
Compositeur-instrumentiste : Andy Emler
Dans ses propositions antérieures, Ammar Habli déployait toutes les influences qui l'avaient traversé : soufisme, jazz, hip hop, danse classique et arts martiaux. Au fil des sessions, il n’a cessé de resserrer son travail. Il offre cette fois une proposition plus épurée, sans chant ni percussions. Les trop-pleins et les tensions qui habitent son corps en guerre ne sont plus soulagés par aucune intervention extérieure. Il se confronte à elles par des torsions souples parfois convulsives, par des prières muées en saccades, par la quête d’une musique qui viendrait le guider, mais qui apparaît et disparaît comme la mémoire de choses anciennes.
> Lieu – Galerie nord
Teresa Acevedo, Bardo
Compositeur : Daniel Zea
Teresa Acevedo poursuit son exploration du concept du « bardo du corps illusoire », qui dans le bouddhisme tibétain évoque un entre deux, un passage entre deux espaces - l'un matériel, l'autre immatériel -, le devenir constant qui nous amène d’un point à un autre, d’un univers à un autre. Elle s’est concentrée pour cette dernière session sur un travail visuel et sonore, dans lequel le corps apparaît et disparaît, en jouant avec la présence sur scène d’un grand cube de bois noir, véritable « partenaire » qui permet de travailler les deux extrémités d’une tension
jusqu’à la séparation.