CLUB DE LA MONTAGNE SAINTE-GENEVIÈVE (cmsgens.wordpress.com/)
Organisé par Ali Aouad, Maxime Delpierre, Martin Fortier, Michaël Morera et Marc Santolini.

8 janvier 2011

« Par « compact », nous entendons tout ce qui boucle une chose sur elle-même, entrainant la constitution à terme d’un en soi ou d’un absolu. Distinguant en toute chose « ce qui est cette chose » et « ce que cette chose est », ce qui entre en elle et ce dans quoi elle-même entre, constituant donc un modèle ouvert de tout « quelque chose » comme possibilité de circulation entre ce qu’elle comprend et ce qui la comprend, nous envisagerons le « compact » comme la tentation pour toute pensée – pas seulement métaphysique – de replier l’un sur l’autre, de manière à provoquer un court-circuit, une chose en boucle, qui ne serait en rien d’autre qu’elle-même et qui ne comprendrait à terme rien d’autre qu’elle-même. En tentant de mieux cerner cette « compacité » qui est le propre de toute substantialité, dans l’ousia aristotélicienne, dans la substantia spinoziste, aussi bien que dans la constitution d’une totalité sociale, par exemple par Durkheim, qui n’est dans rien d’autre qu’elle-même, d’une Histoire absolutisée par l’historicisme ou de la Nature des penseurs naturalistes, nous reposerons la question classique de la possibilité de l’impossible, qui nous semble le point essentiel de toute détermination d’une totalité. Essayant d’élaborer une conception non-compacte mais totalisante des choses, nous appelons de nos vœux un possible sans butoir, sans point de compacité, donc suffisamment large et formel pour accueillir en son sein son apparent contraire, l’impossible. Nous évoquerons l’idée d’un possible sans limites, où « n’importe quoi peut être quelque chose », où l’impossible même, étant « quelque chose », trouverait sa possibilité propre. Nous montrerons que la non-possibilité ne s’oppose pas en bloc au possible, mais marque bien plutôt une possibilité parmi d’autres, que nous identifierons comme la possibilité du « compact », c’est-à-dire comme ce quelque chose dont l’unique condition de succès est l’échec. De sorte que nous proposerons une critique de la « compacité » dans les pensées – métaphysiques, logiques, épistémologiques – qui ne tiendra pas cette compacité pour non-souhaitable (auquel cas il ne s’agirait ultimement que d’un jugement moral sur la connaissance) ou absolument impossible, mais comme incarnant, jusqu’à l’indistinction et l’appauvrissement des choses, la paradoxale possibilité de l’impossible, c’est-à-dire visant l’anéantissement même de ce qui la permet, sans y parvenir jamais tout à fait.
Cet exposé introduisant à la révision que nous proposons de certains concepts (ceux de « chose », de « forme », de « possible », par exemple) et à l’introduction de termes nouveaux que nous nous efforçons de construire (comme ceux de « chance » et de « prix ») sera illustré d’exemples vivants et de discussions avec d’autres savoirs destinés à sensibiliser à l’importance concrète des problèmes apparemment abstraits qui seront les nôtres : comment désubstantialiser tout à fait notre monde, pour regagner des choses à connaître, sur lesquelles agir et au milieu desquelles être ? Comment débarrasser de résidus « compacts » les objets et l’univers que nous découpons autour de nous et au sein duquel nous nous découpons nous-mêmes, sans pour autant hériter d’un environnement postmoderne, habité seulement de flux, d’événements, d’actes sans aucun support objectif ? Comment quitter le cosmos classique compact sans embrasser le monde moderne vide ? En recherchant, comme nous espérons y inciter, un modèle de choses toujours pleines d’autre chose que d’elles-mêmes et emplissant toujours autre chose qu’elles-mêmes, c’est-à-dire en renonçant au soi, à la substance antique et classique comme au self creux d’aujourd’hui. »
Tristan Garcia.

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