
Philip K. Dick, réalités et fictions (conférence)
8 months ago
Petite conférence de Jérémy Zucchi (jeremy-zucchi.com), futur auteur d'un essai sur l'esthétique des œuvres de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick. Avec Joris Mathieu, metteur en scène de la compagnie Haut et Court qui travaille sur une pièce qui évoque son œuvre. Filmé au théâtre de Vénissieux, le 15 avril 2011.
Dans la première partie, après une brève présentation de l'univers de Philip K. Dick, devenu presque un cliché tellement il est présent dans notre culture souterrainement, je parle du traumatisme de la perte de sa sœur jumelle, Jane, décédée six semaines après leur naissance [et non dix jours comme dit par erreur dans la vidéo] faute de soins et de nourriture. De là est né un profond ressentiment, voire une haine de Philip K. Dick vis-à-vis de sa mère, dont l'absence d'empathie l'a conduit à décrire les nazis (Le Maître du Haut-château, 1961) et les androïdes (Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, 1968) qui peuplent son œuvre.
Après avoir mis le doigt sur l'importance de l'empathie et du refus du pragmatisme sans conscience, je fais un bond jusqu'en 1982 pour parler de l'héritage florissant laissé par Philip K. Dick après sa mort, malgré l'échec public du film Blade Runner (Ridley Scott, 1982), ce film devenant culte et contribuant fortement à diffuser l'œuvre de l'écrivain. Il y a à ce jour 11 adaptations, dont 4 seulement adaptent des romans (Blade Runner, Confessions d'un barjo, A Scanner Darkly et le prochain Radio Free Albemuth). Pourquoi? Je termine en évoquant l'influence du film noir sur les films adaptant Philip K. Dick et sur son œuvre elle-même, qui est le développement dans le cadre de la science-fiction du "brouillard" propre à ce genre.
Après avoir parlé du jeu de Philip K. Dick avec les conventions de la science-fiction qui le conduisent à affirmer l'incohérence de ses oeuvres, j'évoque le fait, qui semble paradoxal, que c'est le désir d'écrire sur son époque, sur la réalité, qui a conduit Philip K. Dick à inventer l'univers virtuel du Temps désarticulé (1958). Il confronte le monde réel contemporain et les conventions de la science-fiction. Le passé survit dans le lointain futur imaginé par Philip K. Dick, comme dans Ubik (1970) où le monde régresse jusqu'en 1939. Le nazisme qui aurait dû disparaître survit malgré tout, les personnages se rendent compte que cela ne peut être possible...
Les personnages, tels ceux du Maître du Haut-château, savent que leur monde doit s'écrouler, doit disparaître. Il sont dans l'attente d'une Apocalypse qui mènera à une Révélation divine qui ne vient pas, qui doit les mener vers l'authentique monde réel. J'évoque le délire mystique de Philip K. Dick dans les huit dernières années de sa vie. Je parle les trois types d'humains, tous malades psychologiquement, qui composent les univers de l'écrivain : schizoïdes, autistes et schizophrènes capables de percevoir la réalité et l'autre monde, ignorant celui qui est réel. Je conclue en parlant de la vision divine, l'épiphanie, et de l'espoir en une révélation du réel par la caméra.
Dans la première partie, après une brève présentation de l'univers de Philip K. Dick, devenu presque un cliché tellement il est présent dans notre culture souterrainement, je parle du traumatisme de la perte de sa sœur jumelle, Jane, décédée six semaines après leur naissance [et non dix jours comme dit par erreur dans la vidéo] faute de soins et de nourriture. De là est né un profond ressentiment, voire une haine de Philip K. Dick vis-à-vis de sa mère, dont l'absence d'empathie l'a conduit à décrire les nazis (Le Maître du Haut-château, 1961) et les androïdes (Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, 1968) qui peuplent son œuvre.
Après avoir mis le doigt sur l'importance de l'empathie et du refus du pragmatisme sans conscience, je fais un bond jusqu'en 1982 pour parler de l'héritage florissant laissé par Philip K. Dick après sa mort, malgré l'échec public du film Blade Runner (Ridley Scott, 1982), ce film devenant culte et contribuant fortement à diffuser l'œuvre de l'écrivain. Il y a à ce jour 11 adaptations, dont 4 seulement adaptent des romans (Blade Runner, Confessions d'un barjo, A Scanner Darkly et le prochain Radio Free Albemuth). Pourquoi? Je termine en évoquant l'influence du film noir sur les films adaptant Philip K. Dick et sur son œuvre elle-même, qui est le développement dans le cadre de la science-fiction du "brouillard" propre à ce genre.
Après avoir parlé du jeu de Philip K. Dick avec les conventions de la science-fiction qui le conduisent à affirmer l'incohérence de ses oeuvres, j'évoque le fait, qui semble paradoxal, que c'est le désir d'écrire sur son époque, sur la réalité, qui a conduit Philip K. Dick à inventer l'univers virtuel du Temps désarticulé (1958). Il confronte le monde réel contemporain et les conventions de la science-fiction. Le passé survit dans le lointain futur imaginé par Philip K. Dick, comme dans Ubik (1970) où le monde régresse jusqu'en 1939. Le nazisme qui aurait dû disparaître survit malgré tout, les personnages se rendent compte que cela ne peut être possible...
Les personnages, tels ceux du Maître du Haut-château, savent que leur monde doit s'écrouler, doit disparaître. Il sont dans l'attente d'une Apocalypse qui mènera à une Révélation divine qui ne vient pas, qui doit les mener vers l'authentique monde réel. J'évoque le délire mystique de Philip K. Dick dans les huit dernières années de sa vie. Je parle les trois types d'humains, tous malades psychologiquement, qui composent les univers de l'écrivain : schizoïdes, autistes et schizophrènes capables de percevoir la réalité et l'autre monde, ignorant celui qui est réel. Je conclue en parlant de la vision divine, l'épiphanie, et de l'espoir en une révélation du réel par la caméra.
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on pense ce qu'on veut du personnage, ce que je sais c'est que son œuvre constitue un commentaire tout à fait valide de la société, ou du moins du rapport entre l'individu et la société, et de tous ces filtres qui existent dans notre perception des choses et dans notre communication de les communiquer, dans la droite lignée d'esprits critiques tels que Jonathan Swift, Lewis Carroll et Jean Baudrillard, pour ne citer qu'eux.
en tout cas ça fait plaisir d'entendre parler de lui, et je remarque une fois de plus que le peu de gens qui connaît PKD sont quasiment tous un peu fascinés par lui. et tu en parle très bien :)
Mais c'est énervant de voir que ce film a souvent été considéré comme le point de départ des univers virtuels au cinéma... Un peu comme des critiques de "Twilight" ont trouvé très original le concept, alors que s'ils avaient vu "Buffy, the vampire slayer"...
Mais on est revenu à Philip K. Dick, et à ses inspirations, tant mieux, et on l'étudie de plus en plus comme un écrivain "comme les autres". Il se banalise, certes, mais son œuvre mérite cette reconnaissance tardive. Il fait partie de notre culture, et si la plupart de ceux qui aiment ses œuvres en parlent avec tant de passion, c'est parce qu'elles sont (pour ses meilleures) toujours puissamment actuelles. Actuelles car elles sont, en fin de compte, intemporelles, comme le mythe de la Caverne de Platon, "Alice", ou les voyages de Gulliver. Ce sont des interrogations primordiales qui y sont exprimées.
Giogio Agamben disait qu'est contemporain ce qui reflète les obscurités de son époque, ce qu'on croyait disparu : je veux montrer dans le livre que j'écris que les œuvres de Philip K. Dick sont, en ce sens, contemporaines. C'est le monde plat et fini des Anciens qui y resurgit.
Si vous êtes près de Caen et que voulez me rencontrer pour en parler "en live", j'y serai le 9 décembre pour une nuit spéciale Philip K. Dick et le cinéma, organisée par le cinéma Lux : lanuitphilipkdick.wordpress.com/
A bientôt !