Licht/Klang, Le Bon Accueil, Octobre-décembre 2010 :
Tilman Küntzel, Micheal Aschauer, Nik Thoenen.
Avec le concours du Forum Culturel Autrichien Paris.
Installation sonore et lumineuse, Lüster est certainement une des oeuvres les plus poétiques de l'artiste allemand Tilman Küntzel. Un lustre montgolfière animé d'un scintillement sonore et lumineux repose, énigmatique, sur le sol.L'oeuvre joue sur la perception synesthésique visuo-auditive, sujet qui guide le travail de l'artiste depuis la fin des années 80.Dans un passage remarquable de la Phénoménologie de la perception, M. Merleau Ponthy décrit la façon dont la musique, quand elle emplit la salle de concert , est capable de transformer notre perception de celle-ci. La musique « ..insinue à  travers l'espace visible une nouvelle dimension où elle déferle, comme chez les hallucinés, l'espace clair des choses perçues se double mystérieusement d'un « espace noir » où d'autres présences sont possibles. » La vue n'est pas le seul moyen pour nous d'appréhender l'espace, mais c'est un jeu complexe, un « engrenage l'un sur l'autre des domaines sensoriels » qui nous permet de trouver l'unité de l'espace.La perception synesthésique, loin d'être un phénomène ponctuel, relève plutôt de la norme, elle est universelle, mais nous n'en avons pas conscience. A cet engrenage complexe s'ajoutent la mémoire et les sentiments qui influent sur les informations recueillies par les organes sensoriels, notre cerveau ne reproduit pas l’environnement mais l'interprète. C'est à  une expérience similaire qu'invite l'oeuvre de Tilman Küntzel. Le lustre produit une féerie sonore et lumineuse qui semble émaner des pampilles qui le constituent. Sans jamais l'avoir entendu nous savons d'avance quel son produit un de ces grands lustres dorés à  breloques de verre ou de cristal. Il fait partie d'un imaginaire commun, quelque chose que nous connaissons sans pourtant pouvoir évoquer avec précision le lieu et la date auquel se rattache ce souvenir. Ceci tient également au matériau qui le compose, le verre: il est à  la fois, transparence, rigidité, fragilité et son cristallin.Cependant, ici, l'imagination et la mémoire nous poussent à  voir et entendre quelque chose qui n'existe pas. Pas une pampille ne bouge, l'objet est là, immobile, reposant au sol recouvrant l'espace clair de cet « espace noir » par sa présence. La myriade de tintements provient en fait d'un ingénieux dispositif technique de relais thermiques à  lamelles qui à  intervalles irréguliers en chauffant et refroidissant laissent passer l'électricité qui alimente les ampoules placées à  l'intérieur du lustre. Il en résulte cette composition sonore et lumineuse aléatoire et harmonieuse.

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