"L’avenir répond du passé"
Conférence dans le cadre du colloque "Le passé et nous: De la conscience historique au XXIe siècle" / "The past around us: Historical Consciousness in the XXIst Century"
Québec, 29 septembre au 1er octobre 2011
La plupart des nations – mais à des degrés sensiblement différents – créditent l’apprentissage et la connaissance de l’histoire d’une vertu amalgamante et productrice d’identité commune. L’identité nationale y est d’abord pensée comme un processus historique dont chacun se trouve – et doit se penser – comme un héritier et un continuateur.
Cette conception, particulièrement prégnante en France, invite à interpréter toute crise de la « mémoire » historique et toute défaillance des processus d’apprentissage de l’histoire (il s’agit dans les deux cas des diagnostics médiatisés) comme un véritable drame national devant interpeller les plus hautes autorités de l’État. Elle bénéficie de la caution d’une sorte de bon sens commun : « pour aller de l’avant il faut savoir d’où l’on vient ».
D’une certaine façon, c’est la figure contemporaine de l’autochtonie athénienne, mais une autochtonie non plus conférée par le lien du sang qu’on pourrait qualifier – en osant l’oxymore – d’« autochtonie ouverte », c’est-à-dire fondée sur une acculturation censément intégratrice.
Cette conception n’exclut pas les tensions dès lors qu’elles s’inscrivent dans une sorte d’internalité et qu’il s’agit de savoir qui sont les meilleurs héritiers, les meilleurs « fils » de l’histoire nationale – d’où la pluralité « des France » de Pierre Nora…
Ce récit de l’histoire nationale a pu être qualifié de roman tant il conjugue mémoire et amnésie, « enchante » la réalité et l’ordonne selon une intrigue qui donne un sens au chaos des événements puisqu’il est assuré, depuis Renan, qu’il faut de l’oubli pour faire une nation.