Dans cet entretien, accordé à l'AFD, en mai 2012, Ibrahima Coulibaly, président de la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali (CNOP-Mali) et vice-président du ROPPA (Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs de l'Afrique de l'Ouest), évoque la menace que représente l'acquisition des terres à grande échelle pour l'agriculture familiale africaine.

L’accaparement des terres, une menace pour l’agriculture familiale africaine ? Le point de vue d’Ibrahima Coulibaly.

Quelles menaces l'acquisition rapide et à grande échelle fait-elle peser sur les exploitations d’Afrique de l’Ouest ?

La situation des exploitations familiales en Afrique de l’Ouest est difficile du fait des tensions sur le foncier. Depuis la crise de 2008, les petits, moyens et gros acquéreurs ont compris que la terre a une grande valeur puisque l’alimentation devient un enjeu majeur. Ils accélèrent la course à l’acquisition foncière, phénomène communément appelé « accaparement des terres ». Les familles sont très mal préparées a cette situation, ce qui entraine des processus de marginalisation voire de sortie de l’agriculture pour beaucoup de ces exploitants agricoles.

Que peuvent faire les organisations paysannes pour remédier à ce problème ?

Les organisations paysannes renforcent les capacités de leurs membres pour les aider à défendre leurs terres notamment par rapport aux acteurs étatiques. Par ailleurs, elles font des actions de plaidoyer et de lobby pour que la sphère politique prenne conscience de l’importance de l’agriculture familiale, premier secteur créateur d’emploi en Afrique (75% de la population), qui vit, de plus, sans soutien et sans subvention. Le discours général tend à marginaliser ce type d’agriculture en expliquant que c’est une forme archaïque incapable de s’insérer dans les marchés. Pourtant, cette agriculture est un facteur important de stabilité dans les pays africains.

Quel rôle pourrait jouer les partenaires comme l’AFD pour renforcer les organisations paysannes dans cette mobilisation ?

Les partenaires au développement peuvent avoir un rôle très important. Ils peuvent rendre service aux petits exploitants en inventant des méthodes d’intervention pour soutenir l’agriculture familiale. Ils pourraient soutenir les petits exploitants pour faire face au changement climatique, pour valoriser leur production, pour faciliter l’accès aux machines, ou encore pour conserver leur terre.
Si l’agriculture se trouve marginalisée, ce sont les deux tiers de la population des pays d’Afrique qui se trouveront en difficulté pour accéder à la nourriture.

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