Il est mort.

Je le sais. Je l’ai senti quand mon poing a cogné dans son visage. Son corps est devenu mou, ses yeux sont partis. Il est tombé au sol, dans la paille et la terre battue. Autour de nous, ils hurlent encore. Je les regarde, un par un. Des paysans, des amis, des bourgeois, le notaire. Le médecin du village se penche sur lui, pose un doigt sur son cou, sur la veine. Le silence se fait. Ils comprennent enfin, les uns après les autres. Je reste immobile, je ne sais pas quoi faire.

C’est la fuite aveugle. J’entends les jurons, la porte de la grange s’ouvre. Des bruits de sabots, des bruits de souliers. On se retrouve vite seuls. Lui par terre, moi debout. Nous sommes couverts de bleus et de sang. Nos sangs, mêlés quand on se battait. Il y a Paul. Il n’est pas parti, il jure comme un charretier. Il attrape un manteau oublié, me le jette sur les épaules. C’est un beau manteau, il est chaud, sûrement celui d’un bourgeois.

Paul m’entraîne dehors. On court dans la nuit glacée. J’ai froid soudain. Je mets mes mains dans les poches. Je sens quelque chose. Je m’arrête. C’est de l’argent, beaucoup d’argent. Paul jure encore. Le manteau d’un parieur.

On s’arrête dans une grange. Je ne sais pas trop où on est, mais je sens que Paul à quelque chose en tête. Je le connais.

Il me parle de son idée. Je vais pendre le bateau pour l’Amérique qui part demain matin. Avec l’argent du bourgeois, il peut arranger ça. Son cousin Didier, le pêcheur, viendra me chercher sur la plage, demain, au lever du soleil et m’emmènera au bateau, en pleine mer. Il connaît le capitaine.

C’est ça ou les gendarmes, le bagne peut-être.

Je dors dans la grange. Je me réveille avant l’aube, j’ai mal partout. Je pousse la porte en silence. Il y a un peu de mistral. Les canisses ondulent en crissant. J’aime ce moment où tout s’éveille.

Je vais à la plage.

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