Louis Latourre travaille depuis de nombreuses années sur "Orphée" "poème holographique" :
"Les hôtes de Lascaux, de la grotte Chauvet, avec leurs ostéo et lithophonies, leurs résonances pariétales, - les anciens bâtisseurs de pyramides et de temples en fonction des effets de lumière et d'acoustique, les architectes de l'ancienne Grèce, les fabricants de porte-voix de ses acteurs - voire ceux de leurs cothurnes - tous ces gens voués à l'élargissement de la vie humaine par l'émotion et l'éblouissement, n'auraient-ils pas tout donné pour nos lasers, nos hologrammes, ou les 6.1 de nos modernes Dolby SRD...
Un poète vivant ne peut-il tenter l'écriture d'une langue nouvelle, en adéquation de richesse constitutive avec le développement de tous ces paramètres modernes, où l'art et la technique font jeu égal ?"

"C’est le propos de Orphée (4), effort vers la lumière, dont le commencement tourne rimes et assonances à l’obsession de ce rouge - rouge-orange, rouge intense, rouge sang -, celui même des plus basses radiations lumineuses que puisse du spectre d’émission saisir l’œil humain… En composant toutes ses résonances dans l’ambitus du timbre vocal, Orphée crée le chemin de sa descente. Il explore le langage dans ses sonorités encore en formation, dans leurs bruits, dans leurs dessous chromatiques complexes : in bleu-vert cendre, miroir ; an roux et paille ; ou ocre et pourpre… Rigueur formelle, recherche syntaxique, plein emploi des ressources phoniques de la langue gouvernent son progrès :

chant (…)
chants tous, en touchant… Tous en creusant la fange…
(chant) de quel rang, quel sang face au couchant descends-je…
quels chemins fais-je, vais-je… Et tragédie et chant…
branches… Bois déchirés bras, jambes, m’accrochant
Gênent mes derniers pas, empêchent mon avance…
Branches, bois rouge sang creusent mon impuissance,
Creusent dedans ma chair la tombe où je descends…

OMBRE 1
Branches, bois déchirés voient quels chagrins tu sens…
Mais ces accents, ces chants, de résonance étrange
Cèdent aux lois sous quoi le sourd destin nous range,
Sans en changer le cours.

ORPHÉE
Quels chemins froids faisant…
Quels chemins froids, plus froids pas après pas creusant
Sens-je en mon sein déçu tous ces accents descendre…

OMBRE 1
Laisse au couchant creuser tous ces degrés de cendre
Laisse au Pangée abrupt ces sentiers rouge sang
Dont tu descends un sombre et dangereux versant :
Tu ne poursuis en toi qu’un souvenir exsangue…

D’un verre épais, un vernis à l’ocre rouge appliqué sur des sels d’argent fait un miroir. Nos ancêtres déjà couchaient leurs morts dans un lit d’ocre, sur le côté du cœur.

ORPHÉE
De pâles, froids échos font se glacer ma langue.

OMBRE 1
Tu ne poursuis, Orphée, en l’ombre où tu descends
Qu’un souvenir exsangue et comme exempt de sens.
Mais de tourments, toujours, tu fais moisson plus ample…
Et le couchant déjà t’ouvre un tombeau pour temple
Où jusqu’aux nœuds d’hymen se font nœuds de serpents ;
Où jusqu’aux vents amers donnent à nos serments
Leurs sifflements aigus, pour oraison funèbre…

Sur le plateau, dans l’espace de la scène, la densité de l’air est tout autre : de là ces voix, ces gestes, ces déplacements aux rythmes altérés de résistances, de réticences ; de là ce statisme vibrant, ces ruptures brutales… De là surtout ces dons, et de quel prix. C’est cette altération de la substance vivante qui rend plus réel, plus conscient et plus précieux pour chacun d’entre nous — acteur ou spectateur — le sentiment de son existence.
Lors d’une représentation idéale, nous ne nous émerveillons plus de ce que nous percevons d’extérieur à nous-même, mais de ce que nous sommes, et de ce que nous soyons… Pour mieux dire : de cette différence de notre indicatif à notre subjonctif, de cet intervalle vibrant et résonnant qu’implique la vie, rendue en son théâtre aussi vraie que virtuelle."

pan.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/04/05/art-ll.html
theatreartproject.com

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