Verso
Edouard Ferlet
piano composition
UPSET BACH
Comment déconstruire la musique de Jean-Sébastien Bach lorsque celle-ci vous a structuré ? Comment subvertir la révérence faite à l’organiste de Leipzig et ne plus faire vœu d’allégeance à cette « vieille perruque », comme Busoni l’appelait avec tendresse ? Bref, comment de nos jours varier Bach sans faire de lui un cantor de variétés ?
De la même façon qu’il est très différent de rire de quelqu’un ou de rire avec lui, Edouard Ferlet nous propose de jouer avec Bach plutôt que de jouer du Bach ; et comme jouer c’est faire, nous voici donc au cœur d’une opération poétique. Une opération par laquelle le pianiste « re-compositeur » soustrait et augmente à la fois : des lignes de chants d’un prélude se voient dérober quelques notes, alors que certaines plus chanceuses s’en font greffer d’autres, jamais réduites pour autant au statut de simples ornements. Le piano se trouve ainsi augmenté de timbres qui n’auraient sûrement pas déplu au compositeur allemand dont on sait que la douceur du clavicorde avait sa préférence.
C’est en grattant dans les plis de la partition, dessus dessous, tout en préservant la trace du précurseur, que le pianiste est allé déchiffrer les hiéroglyphes sonores de Bach ; un peu à la manière d’un copiste du Moyen-Âge qui par la technique du palimpseste, et dans un continuum, recouvre et allège à la fois un ancien parchemin avec une œuvre fraîche. On a déjà beaucoup dit sur l’art combinatoire de Bach et ses structures absolues analogues à des escaliers infinis, tels les rubans de Möbius du peintre Escher, mais peut-être que c’est seulement lorsqu’il retourne à l’improvisation que ce cadavre exquis polyphonique en vient à dévoiler certains de ses secrets. Car s’il s’agit ici de variations dans des variations, comme autant de mises en abîmes, – le pianiste emploie à son tour la méthode du miroir sur les partitions comme le pratiquait Bach –, cette fois la différence dans la répétition surgit au sein de la musique improvisée, retrouvant par là quelque chose du baroque sans cesse en déséquilibre.
Le geste poétique d’Edouard Ferlet trouve sa place dans cette constante tension entre la reproduction et l’invention, où l’œuvre de Bach serait à la fois la promesse et le tour dont le pianiste nous livrerait ce que les prestidigitateurs appellent le prestige.
Arden Day
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