À travers la création de sculptures où les stratégies de mise en espace prennent une place prépondérante, Guillaume Labrie cherche principalement à allier les notions de lieu et d’objet, dans une cohésion entre sculpture et architecture, corps et espace.

Un mur blanc en pleine nature fait figure d’écran, dissimulant au regard ce qui se trouve de l’autre côté. On découvre alors l’envers (ou l’endroit) du décor : un fragment de façade d’habitation au revêtement synthétique. S’il épouse parfaitement la forme organique du rocher, en symbiose avec le territoire d’où il semble émerger, le mur s’oppose en même temps au lieu par ses matériaux et son architecture imposante. L’approche formelle de Labrie s’appuie ici sur le principe du peigne à moulure, petit outil servant à prendre l’empreinte d’une moulure afin de pouvoir en reproduire parfaitement la forme. La sculpture/architecture a ainsi moulé, d’une certaine manière, un fragment du paysage : la silhouette de la roche précambrienne, soustraite dans la partie inférieure, est en effet reprise plus haut, comme une mise en abîme de la nature, une empreinte de la présence du passé découpée dans une forme architecturale, qui est de l’ordre du (pré)fabriqué, de l’intervention humaine. La même stratégie d’addition/soustraction, inhérente à la sculpture elle-même, est visible à travers l’image du coyote : d’un côté, l’ombre découpée de l’animal laisse apparaître le paysage au-delà du mur, et de l’autre, sa silhouette fusionne avec l’architecture comme si elle en était le prolongement. Référence à la fois à l’univers du vivant, à l’imaginaire collectif et à la mythologie autochtone (le personnage du Trickster, ce joueur de tours et bouffon créateur), la représentation du coyote ajoute une dimension narrative à la présence géométrique de l’ensemble. Cette allusion au récit est ponctuée d’une action lors du vernissage : vêtue d’une peau de coyote, Constance (fille de l’artiste) se déplace dans l’environnement sculptural. Et si l’écran blanc ainsi érigé évoque aussi les murs de l’institution muséale, l’animal qui le traverse de part et d’autre semble vouloir s’échapper. Peut-être est-ce pour guider le spectateur hors les murs, vers les Lieux/Lieues des autres oeuvres du Symposium ?

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