Par le son, l’eau et le jeu de lumières, l’œuvre ÉchoGraphie envahit l’espace de diffusion. Avec le soutien du centre d’artistes AVATAR (Québec, Canada), j’ai créé un dispositif qui transmet les vibrations sonores à une mince couche d’eau, générant des reflets lumineux qui prennent des dimensions architecturales. Ces réflexions sont le miroir des sons qui constituent l’environnement primordial du fœtus. Bien qu’élaborée à l’aide de nouvelles technologies, cette installation épurée transcende la technique et interpelle directement des sensations déjà vécues, transmuant notre rapport au monde en une expérience poétique.

À la manière de la madeleine de Proust dans son roman « Du côté de chez Swann », l’œuvre ÉchoGraphie rappelle au regardeur/auditeur ses toutes premières impressions visuelles et sonores, vécues dans le ventre maternel. Doit-on absolument se souvenir d’un moment pour que ce dernier ait marqué notre existence ? Cette installation immersive a été élaborée sur la notion de mémoire sensorielle, mettant l’accent sur le fait que le corps est l’entrée principale de toutes les « variantes » de la mémoire (mémoire auditive, mémoire visuelle, mémoire collective, mémoire du lieu, mémoire à long terme, …).

Selon Pernoud (2007 : 12), il semble que « c’est entre cinq mois et demi et six mois qu’on peut situer le début des réactions à une stimulation auditive » d’un fœtus. Ses pulsations cardiaques et celles de sa mère ainsi que les sons de glissements, de respirations et les borborygmes font partie intégrante de son environnement sonore. Cette atmosphère sensible plonge l’auditeur dans un calme saisissant. Les ondes sonores entendues émettent des vibrations traduites en vaguelettes à la surface de l’eau contenue dans une cartouche. Par un jeu de lumières très précis, ces ondulations envahissent l’espace. Rapidement, le regardeur prend connaissance que les fréquences sonores sont à l’origine des ondulations lumineuses.

Bien qu’il s’agisse de l’un des moments d’initiation les plus fondamentales de notre vie, celui-ci est éliminé de notre tiroir à souvenirs. C’est la mémoire sensorielle qui est notre seule référence de cet instant. Le projet ÉchoGraphie est aussi le reflet d’une mémoire collective : il nous met face à des racines communes qui sont à la base de l’identité.

N.B. Une modification sera apportée lors de la prochaine diffusion de l’œuvre. Le bassin d’eau actuellement utilisé sera remplacé par une grande cloche transparente inversée. En forme de goutte d’eau, cette nouvelle structure sera suspendue au plafond et sera illuminée par le jeu de lumières de l’installation initiale.

L’analogie à la photographie est notoire dans cette installation; le jeu de lumières fait office de lampe d’agrandisseur photographique, l’eau sensible aux variations sonores et lumineuses, devient le négatif et la projection des ondulations prend la place de la photographie.

PERNOUD, Laurence, (2007), J’attends un enfant, Paris, Éditions Horay, 476 p.
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Cette œuvre a été réalisée dans le cadre d’une résidence de production à AVATAR, association de création et de diffusion en arts sonores et électroniques. Je remercie Mériol Lehmann, Jocelyn Robert, Amandine Gauthier et Marie-Christine Desbiens d’AVATAR, ainsi que maman Geneviève, papa Michel, bébé Alexandre, maman Manon, papa Étienne et bébé Josef pour l’enregistrement sonore du cœur de l’enfant.

j vimeo.com/4549262

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