Olivier Nyirubugara - 23 Octobre 2010 – Quand elle est rentrée des Pays Bas en janvier 2010, Victoire Ingabire espérait pouvoir occuper une place dans l’ espace politique de son pays le Rwanda. Elle envisageait même de se présenter à l’ élection présidentielle contre le président Paul Kagame, qui a finalement récolté plus de 93 pourcent des soufrages.

Ingabire n’ a pu ni faire inscrire son parti ni présenter sa candidature. Elle a été plutôt accusée de disséminer l’idéologie génocidaire. Son avocat, Peter Erlinder a été également arrêté et emprisonné pour le même crime, mais a été libéré in extremis grâce à une puissante pression venant surtout de son pays, les Etats Unis, mais aussi des quatre coins du globe.

Visiblement, ces allégations se sont avérées non fondées. Il fallait trouver quelque chose de plus effrayant : Ingabire est une terroriste sur le point de mener des attaques sur le Rwanda. Un témoin clé qui achetait armes et munitions [au Rwanda ???] pour elle a été arrêté. Et, comme à l’ accoutumée, il a tout de suite avoué et promis de coopérer. L’ affaire Ingabire devient un secret d’ Etat, et donc pas de visite, pas de soins médicaux, pas de nourriture.

Donc, du statut de femme politique ambitieuse opérant depuis son exile européen, Ingabire se retrouve isolée dans sa geôle, accusée de terrorisme, un des crimes les plus graves dans le droit rwandais post-génocide pour lequel plusieurs hommes politiques ont écopé des peines lourdes d’ emprisonnement

Il convient de noter que son arrestation a suivi de quelques jours le discours historique du président Kagame, le 7 octobre 2010, lequel discours est considéré par plusieurs observateurs comme le début du déclin du kagamisme. Le président Kagame publiquement humilié ses [anciens] soutiens occidentaux ‘qui ne m’écoutent plus’, en se moquant d’ eux et de leurs systèmes politiques. A la même occasion, il a annoncé, triomphalement, que ‘l’ espace politique est bien et complètement occupé par le Peuple’ qui a parlé ‘librement’ [ qu’est-ce que la liberté ?] en ‘en grand nombre’.

Maintenant que Ingabire se trouve en prison, entre les mains de ceux qu’ elle a constamment critiqués, trois scénarios sont possibles dans les mois et années à venir.
Premièrement, il est clair que Ingabire a très peu de chances d’ être acquittée par des tribunaux rwandais, car les crimes dont on l’ accuse sont d’ une gravité sans précédent. Donc, elle fera très probablement un séjour à la 1930, la fameuse prison centrale de Kigali, où elle ne peut qu’ être isolée d’ autres êtres vivants de peur qu’ elle ne les contamine avec son idéologie. Dans ce cas, elle serait invitée ou forcée à se repentir et à demander une grâce présidentielle. Ça c’ est le scénario Pasteur Bizimungu, qui consiste en une mort psychologique suivie d’ une mort politique. C’ est le même scénario pour Bernard Ntaganda.

Le deuxième scénario serait celui d’ une mascarade judiciaire qui provoquerait la colère des soutiens occidentaux et, du même coup, ferait monter la pression venant de leur côté. Dans ce cas, les juges recevraient les instructions de libérer Ingabire avec ou sans conditions. C’ est le scénario Augustin Misago, du nom de l’évêque de Gikongoro, qui s’ est également appliqué récemment dans le procès contre le professeur Peter Erlinder, l’ avocat d’Ingabire. Ce scénario aurait comme effet l’ouverture de l’ espace politique déjà rempli et complètement occupé.

Le troisième scénario serait, vu les mauvais traitements lui infligés, celui de la mort physique d’ Ingabire pendant son séjour en prison. De toutes les façons, le vice président du parti écologiste a été décapité, et rien ne s’est passé. Le raisonnement pourrait être celui de lui infliger une mort douce, maquillée et assistée, qui apparaîtrait naturelle.

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