Sophie Milquet (Université libre de Bruxelles) s'interroge sur un parallélisme puissant entre deux processus que l'on observe ces dernières années en Espagne . D’une part, la société connaît un mouvement de récupération mémorielle (2000 : premières exhumations officielles et création de l’Asociación para la Recuperación de la Memoria Histórica ; 2002 : condamnation du coup d’Etat ; 2006 : « Loi de la Mémoire Historique »). D’autre part, se sont multipliées les parutions d’œuvres de fiction revenant sur la guerre civile et la dictature franquiste. Ce dernier phénomène invite à considérer la littérature comme un possible « lieu de mémoire » (P. Nora). La mémoire républicaine (P. Aguilar) est cependant hétérogène, des sous-groupes mémoriels
étant apparus en fonction des tendances politiques, provenances géographiques, générations, destins collectifs (l’exil, la prison, les camps, etc.), etc. Il faut en outre compter avec la dimension potentiellement genrée de la mémoire de l’événement. A cet égard, on assiste aujourd’hui à une réévaluation de la mémoire des femmes. Ceci vient combler un véritable « trou de mémoire » dans l’histoire espagnole, puisqu’on a passé sous
silence leur expérience de guerre en tant que perdantes, mais aussi en tant que femmes (D. Bussy-Genevois). Elles sont ainsi tombées lors de la dictature dans un silence encore plus profond que celui de leurs collègues masculins, l’ensemble de la société rejetant leur parole mémorielle. La mémoire féminine de la guerre et de ses suites fonctionne donc non seulement comme contre-mémoire face à la mémoire officielle du franquisme, mais aussi comme
mémoire différenciée dans la communauté mémorielle des vaincus.

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