L'affaire Chebeya, crime d'Etat ?

Thierry Michel : C’est beaucoup dire ! Trois autres policiers, condamnés par contumace, sont toujours en fuite à l’étranger. Certains affirment savoir où ils sont. Rien n’indique pour autant qu’ils soient activement recherchés. Leur exfiltration discrète du pays a, d’après ce qu’on me dit, été facilitée en haut lieu. Tous trois faisaient partie du redouté bataillon d’élite Simba, que Floribert avait accusé de violations des droits de l’homme.

Principal inculpé sur le banc des accusés, le colonel Daniel Mukalay, chef des services spéciaux, a été condamné à la peine capitale.
Il est considéré comme le coordinateur de l’assassinat. Il est soupçonné aussi d’avoir interféré dans l’enquête, saisi des preuves, empêché les investigations. Comme les autres condamnés, il a toujours nié être impliqué dans le meurtre. Il laisse entendre qu’il "porte le chapeau" dans cette affaire, mais n’a manifesté aucune inquiétude après le verdict.

John Numbi, chef de la police congolaise, avec qui Chebeya avait rendez-vous le jour de sa disparition, a été suspendu de ses fonctions. Pourquoi n’a-t-il jamais été inculpé, comme le souhaitaient les familles des victimes ?
Des indices montrent que ce proche de Kabila a probablement organisé le piège dans lequel est tombé Chebeya. Mais il ne pouvait être jugé que par un plus gradé que lui. Or, ce général trois étoiles est le plus haut gradé de l’armée. Numbi n’a même pas comparu au procès en tant que "témoin", mais comme "renseignant", ce qui lui a évité de prêter serment. D’où l’impression que toute l’instruction a servi à le protéger. Des recours ont été déposés contre le jugement de la Cour militaire. La plainte contre Numbi, déposée par la veuve de Chebeya, pourrait être recevable devant la Haute Cour. Reste à voir s’il y aura un procès en appel.

Entretien : Olivier Rogeau

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