Le pitch: Dans une maison de retraite, une pensionnaire vole des lunettes. Son petit trafic sert un dessein artistique: elle relooke les toiles désuètes de quelques complices...

L'histoire du film: tous les acteurs du film sont les véritables résidents et les membres du personnel de la maison de retraite.
A la base on me commanditait un film qui permette de visiter l'établissement et de s'imprégner de l'atmosphère. J'ai proposé le docu-fiction comme point de départ, et d'en faire un film participatif. Puis la direction m'a finalement laissé carte blanche. Merci!

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J’aime tourner en improvisant, mais là j’avais imaginé un film plutôt construit… et j’ai dû le déconstruire au tournage pour qu’il puisse rester authentique. L’improvisation permet de faire oublier où se situent les contraintes; dès lors, je n’ai gardé que le squelette et les intentions du scénario et j’ai laissé les scènes se faire quasiment sans intervention. Juste avant qu’on lance le moteur, je briefais rapidement les acteurs sur leur objectif dans la scène. C’était assez drôle de les voir s’approprier leur partie du film, tout en sachant qu’ils en ignoraient un peu les enjeux finaux, l’importance de la scène dans le film, et, au fond, ce que j’allais en garder.
Cette expérience m’a permis de conforter ma façon de construire mon cinéma, alors que j’étais tentée d’y renoncer en adoptant des principes de tournage plus classiques.

Il y a quelque chose d’étonnant dans le fait de tourner avec des personnes entre 90 et 99 ans : c’est le naturel. Ce naturel après lequel tous les acteurs de cinéma courent, eux, ils l’ont. Ils ne sont pas entrain de se regarder jouer, en train de s’écouter parler : ils vivent le moment présent. Du coup je trouve que leur justesse éclate à l’écran.
J’ai trouvé que c’était plus difficile avec les membres du personnel, et je ne leur jette pas la pierre : moi-même je ne me sens pas vraiment à l’aise devant une caméra… tant qu’on ne s’oublie pas, on est souvent conditionné à une sorte de retenue ou d’exubérance parce que tout en faisant, on se demande : « est-ce que je vais faire bien ce qu’on me demande ? est-ce que je suis bien, là ? »
Ce que j’ai ressenti, c’est que le poids des années fait en sorte que cette image de soi, on l’a acceptée. On ne cherche plus à en extraire quelque chose de particulier : ni à la mettre en valeur, ni à cacher certains aspects. On habite véritablement son corps, et on laisse ce corps agir en révélateur, sans filtre.

J’ai été surprise par la motivation des résidents - Mme Clerc qui venait même quand elle n’était pas dans la scène, elle venait voir ce qui se passait… - cette curiosité toujours au rendez-vous après une expérience de vie de 99 ans. Mme Panchaud si vive, si épanouie… qui déambule en 4ème vitesse avec son rollator !
Pour nous tous, dans l’équipe, c’était très émouvant de découvrir les personnes âgées sous un autre angle parce que dans nos familles on a des anciens qui ne vont pas aussi bien…

La scène la plus difficile à tourner a été celle de la balnéothérapie : on a découvert très tôt qu’il y avait des choses qu’on ne pouvait pas demander et notamment qu’il y avait un rythme à prendre. Autant un acteur peut verbaliser sa fatigue et on peut anticiper qu’il faut qu’en 20 mn la scène soit terminée, autant avec une personne âgée qui est à bout de force, il n’y a pas de soupape : c'est-à-dire qu’elle craque, et maintenant c’est terminé: si on n’a pas la scène, il faut faire avec ce qu’on a déjà.
On s’est autant apporté dans un sens que dans l’autre. Les voir rentrer dans le film a été aussi enrichissant pour nous, que pour eux de nous voir travailler.

Quand on montre le film à des personnes qui n’étaient pas là au tournage, pas impliquées, et que ces gens ne voient pas la difficulté de faire un tel film, là, je me dis que c’est mission accomplie. On est dans un processus très naturel : un jeu d’acteur naturel , des relations humaines naturelles, et un montage au cours duquel on est allé chercher des instants « volés », bribes de moments de vie qui n’étaient pas prévus, en se disant que ça servait le scénario; et à l’inverse, on a renoncé à des scènes écrites et dialoguées parce que justement on a trouvé qu’elles manquaient de naturel.

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