Ce document est exceptionnel. Un homme parle, longuement. Jean-Claude Méry fut lun des financiers occultes du RPR, collectant largent versé par les entreprises. Mis en examen en 1994, il est mort en 1999 sans avoir parlé. Mais trois ans avant, il avait enregistré une confession sur une bande vidéo « pour le cas où il [lui] arriverait quelque chose ». Cest le contenu de cette bande que nous diffusons.
Les images semblent sortir d'un de ces thrillers politiques dont raffolent les Américains. Face à une caméra fixe, un homme raconte son histoire, livre ses secrets. Il est assis dans un canapé, porte une chemise blanche, des bretelles, une cravate rouge. Il tient dans ses mains une liasse de feuilles qu'il ne regarde presque jamais. Il parle longuement, nettement. Ses hésitations sont rares. Il arbore un indéfinissable sourire et brandit, parfois, la menace : « Pour ceux qui, un jour, si malheur est, doivent lire cette bande... »
Jean-Claude Méry est mort au printemps 1999. Promoteur et homme d'affaires, ancien membre du comité central du RPR, il était alors mis en examen depuis près de cinq ans dans l'enquête du juge Eric Halphen sur les marchés publics des HLM de la Ville de Paris. Il avait passé cinq mois et dix jours en prison, sans cesser de contester avoir joué, pour le parti gaulliste, le rôle d'un collecteur de fonds occultes dans la capitale - ce rôle qui, en son temps, lui avait valu un surnom : « Méry de Paris », des relations haut placées, puis, à partir du mois de septembre 1994, une cascade d'ennuis. Lorsque la nouvelle de son décès fut rendue publique, le 11 juin 1999, chacun considéra qu'il avait emporté avec lui ses secrets. C'était faux.
Le 24 mai 1996, soit trois ans avant sa mort, Jean-Claude Méry avait enregistré, sur bande vidéo, un long récit en forme de confession. « Pour le cas où il m'arriverait quelque chose », avait-il dit au producteur de télévision Arnaud Hamelin. Avant de le quitter, Jean-Claude Méry lui avait donné ses « instructions » : mettre la bande en lieu sûr et attendre ( lire ci-contre l'entretien avec M. Hamelin). Il n'eut plus jamais de nouvelles de lui.
Dans les semaines qui suivirent cet enregistrement, l'ancien promoteur fit savoir à quelques-uns de ses interlocuteurs, dans le monde politique et ailleurs, qu'il avait « fait une bande ». C'était pour lui une sorte d'assurance, estime M. Hamelin, peut-être aussi une monnaie d'échange. On lui avait fait des « promesses », avant et pendant son séjour en prison. Il voulait qu'elles soient tenues. Nul ne sait jusqu'où le message fut transmis. Hormis les deux hommes, nul ne savait, jusqu'à ce jour, ce que la cassette contenait : la description d'un système - celui du trucage des marchés publics parisiens - et le circuit de financement politique qu'il alimentait. Une organisation conçue et mise en place à l'époque où Jacques Chirac était maire de Paris. « C'est uniquement aux ordres de M. Chirac que nous travaillions », affirme Jean-Claude Méry dans son témoignage. Mais sans volonté d'exclusive : à en croire le « collecteur » du RPR, d'autres partis politiques ont profité des « commissions » versées dans l'ombre des grands contrats : « Chaque fois qu'il y a à manger pour tout le monde, dit-il, on distribuera à tout le monde. »
Document exceptionnel, la confession en images de Jean-Claude Méry l'est autant par son contenu que par sa nature. Dans cette longue déclaration (une heure d'enregistrement), l'ancien promoteur peut avoir mêlé le vrai au faux, le détail « arrangé » aux confidences authentiques. Anticipant cette réserve, il déclare lui-même, face à la caméra, n'avoir décidé de se faire enregistrer que pour « dire la vérité ».

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