Kathputli Colony Stay or Leave/ spanish

Kathputli Colony Stay or Leave/ spanish

Cecile Plantin

Sensibilisation, dénonciation et discussion sont au cœur de nos projets. L'art nous permet de crier le social dans la rue et d'utiliser les murs de nos villes comme l’écran géant de la pensée citoyenne.

Nous avons passés 5 jours en totale immersion dans un bidonville d'artistes Rajasthani, le slum Kathputli Colony, en plein de cœur de Delhi, pour y réaliser notre premier projet Agorama.

AGORAMA c’est redonner la parole à ceux qui en ont été privés. C’est remettre leur parole sur la place publique, dans l’espace public, celui qui nous appartient à tous, face aux caméras de surveillance pour leur montrer que nous savons reconquérir ce qui de droit est à nous.

Mais c’est aussi communiquer sur la toile avec des images chocs et des témoignages vrais, sans manipulation. Car nous sommes et resterons indépendants.

Les habitants du slum sont sur le point d’être expulsés alors que de droit, selon la constitution indienne, cette terre leur appartient. Cela fait plus de 50 ans qu’ils se sont installés sur cette terre à l’époque hostile pour y faire grandir leur maison, leur famille et toute une économie qui fonctionne à l’intérieur même de ce « village ». Enclave qui s’est tout bonnement faite dévorer, phagocyter par la ville grandissante de Delhi.

10000 personnes recensées, 5 Ha de territoire.

Ils sont laissés pour compte depuis des décennies et n’ont ni accès à l’eau, ni au tout à l’égout, ni à un ramassage des poubelles régulier en plein cœur de la ville. Le gouvernement n’a jamais rien fait pour ce quartier de Delhi alors que divers politiques leur promettent depuis 1985 la donation de cette terre pour le rayonnement culturel que leur art a engendré de par le monde. Car ce village, ce slum, ce bidonville est avant une communauté d’artistes de talent. Ce n’est pas la misère que l’on rencontre là bas. Tous ces gens travaillent et gagnent leur vie. Pour eux, ce mode de vie est un choix. Pas de mur, pas de porte, c’est un labyrinthe en 3D où la vie circule dans ces artères. Comme ils nous l’ont répété : « C’est avec notre sueur, de la boue, des pierres et notre sang que nous avons construits nos maisons. C’est pour cela que les briques sont rouges ». Depuis 30 ans, ils attendent ce qu’on leur a promis.

En 2009, la DDA (Delhi District Authority) a vendu leur terre au promoteur REHEJA sans leur accord préalable. Aujourd’hui, ils « parlent » de reloger certaines familles. Ils « parlent » car aucun accord, aucun contrat n’a été signé. Rien que quelques paroles et une liste de noms que personne n’a encore jamais vu. Et pourtant, ils la demandent cette liste.

Nous voici donc face à une stratégie mondialement appliquée, celle du « diviser pour mieux régner » Du coup, il y a ceux qui espèrent être relogés, ceux qui attendent la fameuse liste et ceux qui savent très bien à quoi s’en tenir. Les élections sont maintenant dans quelques semaines.

50 ans d’histoire balayée en 1 journée par des tractopelles assoiffés de larmes et de malheurs. Ils n’auront pas le temps de récupérer leurs affaires, juste de fouiller dans les décombres une fois la destruction orchestrée. C’est ce que nous leur avons montré avec des vidéos filmées par des ONG, récupérées sur le net, de destruction de ce début d’année à Mumbay. Ils seront envoyés dans un camp « transitoire », loin très loin de la ville. Dans des conditions sanitaires bien pires que celles qu’ils supportent déjà. Certains parlent de dizaine de kms. Sauf que tous ces gens travaillent à Delhi. Que les moyens de transport en Inde ne sont pas très rapides. Et qu’ils sont dans leur droit !

C’est donc la vie de ces 10000 personnes, leur histoire, leur culture, leurs traditions, leur travail qui sont en jeu. Comment la vie d’un être humain aujourd’hui peut elle valoir si peu ? Ce scénario se répète sans cesse quelque soit le pays, le continent. Nous avons tous nos horreurs enrobées de bons sentiments. Mais où sont les droits de l’Homme ? Quand arrêterons nous d’accepter que les multinationales détruisent tout sur leur passage ? La planète, les hommes, les femmes et les enfants au nom du capital ?

Equipe:

Image son montage/projection: Cecile Plantin et Gaël Rene

Coordinateur et traduction: Kailash Bhatt


Musique: Tritha et Asian Underground

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