Une traduction liturgique peut-elle être scientifique ?
La Traduction liturgique de la Bible est-elle scientifique ? Cette question en entraîne une autre : que signifie ici « scientifique » ? Si le terme désigne une Bible destinée aux seuls spécialistes, connaisseurs des langues bibliques et des problèmes de l’exégèse, ce n’est pas le cas. Mais si le terme évoque le sérieux du travail de traduction, on peut répondre affirmativement, bien que l’appréciation du résultat revienne aux spécialistes. Cette traduction a, en tout cas, cherché à respecter les exigences scientifiques, qui caractérisent une traduction fidèle aux textes originaux.
On peut évoquer trois de ces exigences. D’abord, une telle traduction doit s’effectuer à partir des textes originaux eux-mêmes, hébreux, araméens ou grecs selon les cas. Ensuite, elle doit permettre de mesurer l’écart inévitable qui existe entre une traduction purement littérale et la traduction écrite en un français clair et audible. Enfin, elle doit être effectuée par des spécialistes reconnus de la communauté scientifique.
Traduire directement les textes originaux
Le Concile lui-même l’avait demandé : « Que des traductions appropriées et exactes soient faites dans les diverses langues, de préférence à partir des textes originaux des Livres Sacrés » (Constitution Dei Verbum, n° 22). Cela signifiait que l’hégémonie de la traduction latine dite « Vulgate » avait expiré.
Pour l’Ancien Testament, la Traduction liturgique traduit le texte hébreu – araméen, le cas échéant –, tel qu’il figure dans l’édition de la Biblia Hebraica Stuttgartensia, 1967/771. Dans l'Église d’Occident, la tradition de traduire le texte hébreu lui-même remonte à S. Jérôme
(+ environ 420) qui, dans ses traductions latines, voulait être fidèle à la « vérité hébraïque ».
C’est seulement pour les textes deutéro-canoniques, écrits ou conservés en grec, que l’on a traduit la version de la Septante, telle qu’elle figure dans l’édition critique de la Septuaginta, en cours de publication à Göttingen, ou, à défaut, à l’édition complète plus ancienne
d’A. Rahlfs. Ajoutons que lorsque le texte hébreu conservé dans l’édition critique est incompréhensible, on a consulté le texte grec, qui peut attester un original hébreu antérieur ; mais ce recours est alors signalé en note. Pour le Nouveau Testament, on a utilisé le texte grec de la 27e édition de Nestle-Aland.
La Traduction liturgique n’est donc pas une traduction de la Bible latine. Elle se réfère pourtant aussi à la Néo-Vulgate2, version latine parue à la suite du Concile et qui a corrigé la Vulgate en fonction des textes originaux. Ce recours à la Néo-Vulgate est utile notamment pour déterminer, dans la variété des traditions manuscrites, quel texte il faut traduire, par exemple, pour Daniel, Tobie, Esther, Ben Sira, etc.