Performance chorégraphique pour un robot et une danseuse
Studio de création numérique du théâtre Le Manège — scène nationale — Maubeuge
Festival VIA 2014
Ce projet a obtenu l'aide à la création de la DRAC Nord-Pad-de-Calais
Remerciement à La Gare Numérique de Jeumont et à la Communauté d'Agglomération de Maubeuge-Val de sambre
Images et montage Guillaume Gauchet

Conception et réalisation Emmanuelle Grangier
Recherche robotique et performeur Arnaud Revel
Chorégraphie et danse performée Christine Niclas
Dessin et performeuse Amélie Carvalho
Son Guillaume Le Boisselier
Régie générale et vidéo Alexandre Bissarette
Lumière Marie Buyle
Régie numérique Etienne Landon
Performance musicale Dirty Coq, The Experimental Tropic Blues Band

La notion de machine a souvent été mobilisée par la littérature et le cinéma pour servir de miroir à l’humain. Mais imiter c’est aussi entrer en résonance, interagir.
Une machine autopoïétique engendre et spécifie continuellement sa propre organisation parce qu’elle est continuellement soumise à des perturbations externes.
Un labo, un ring, des langages, deux corps, mécanique et organique, construisent des topologies éphémères, tangibles et virtuelles. Entre écriture et improvisation, entre la ligne et le réseau, ils éprouvent et ajustent continuellement leur distance à l’autre jusqu’à trouver celle qui laisse les corps autonomes et qui permettra peut-être l’émergence d’une nouvelle forme d’altérité.

Quand j’ai commencé à penser ce projet, l’hypothèse de départ était :
dans une situation particulière d’interaction entre humains et robots, peut-il advenir quelque chose qui n’a pas été prévu, émerger, chez le robot, des comportements qui ne seraient pas écrits en amont, programmés. Peut-il y avoir, à un moment donné, émergence d’une certaine forme d’autonomie qui permettrait l’avènement d’une nouvelle forme d’altérité (non humaine), de reconnaître l’autre robotique dans sa différence, bouleversant ainsi notre propre humanité, la préhension que nous en avons... pouvant remettre en question la tyrannie d’un anthropocentrisme qui traverse toute notre histoire humaine.
Et en tant qu’artiste, mon travail serait de créer cette situation singulière, une sorte de protocole d’interaction propice à cette émergence. Du coup, mon travail était finalement pas si éloigné de celui d’un chercheur en robotique… théoriquement bien sûr.

J’ai pensé dès le début ce projet comme un espace de recherche et de création collaboratif et transdisciplinaire où l’imagination, la conception pourrait être partagée.
Quelques mois plus tard, je rencontre Arnaud Revel qui est chercheur en robotique à l’université de La Rochelle. Nous nous retrouvons sur certaines idées, sur certains mots comme autopoïèse….

Nous commençons à travailler avec Christine Niclas, danseuse et chorégraphe, Arnaud Revel et Nao. Le corps et la notion de territoires, d’espaces à la fois circonscrits et d’environnements ouverts, sauvages, la notion d’accident, qui était déjà présente, deviennent dès lors très importantes.
Pour créer les conditions de l’expérience, il nous faut tout d’abord construire un répertoire moteur chorégraphique pour Nao. Nous apprenons à Nao, un peu comme on apprendrait à un enfant, en décomposant chaque mouvement. C’est très long, les temps de travail sont discontinus. Nous sommes contraints par la temporalité de Nao. Au début, c’est très frustrant. On commence à travailler un geste et il faut continuellement s’interrompre. Les danseuses et les danseurs (humains) sont beaucoup plus résistants ! Le projet s’est beaucoup nourri de cette expérience.
En ce qui concerne le contenu du répertoire c’est-à-dire la qualité des gestes, nous en avions imaginé un certain nombre au départ. Mais la majorité d’entre eux se sont avérés impossibles à réaliser par le corps de Nao. Au fur et à mesure des expérimentations, nous avons apprivoisé son corps, ses différences, les particularités de sa morphologie robotique, un centre de gravité très bas, une gestion de l’équilibre très différente de la nôtre, fondée sur un état de déséquilibre permanent continuellement compensé… avec toujours ce léger décalage qui rend la démarche robotique si reconnaissable, une inclinaison du corps incroyablement supérieure à la nôtre…
Et nous avons travaillé à comprendre et à affirmer ces différences. La singularité de ce corps robotique et ses mécanismes. Sans jamais imiter pour reproduire, l’imitation pouvant être utilisée parfois pour initier un processus de communication. (1)

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