1. ©Benjamin Efrati, Frédéric Lordon, Pierrick Dechaux

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    Cette vidéo, originellement diffusée pendant la performance du 18/01/2012, a été retouchée en vue de sa diffusion sur le web.

    Tendance à la marchandisation intense de l'art contemporain, dont on dit qu'il est de moins en moins art pour l'art et de plus en plus art pour le marché, etc… Et plus précisément, le cas Hirst porte à son point critique cette tension de l'artistique et du marchand. C'est à dire, de l'esthétique et de l'économique.
    Cependant, il suggère de revisiter deux catégories qu'on pense intégralement économiques et qui ne le sont peut-être pas tant que ça, deux catégories où précisément se logent et se concentrent ces tensions que je viens d'indiquer, et qui sont les catégories d'intérêt et de valeur. Et vous l'avez compris, c'est surtout de valeur que je vais parler.

    Et je voudrais en parler en mobilisant les armes conceptuelles de la philosophie de Spinoza. Il faudrait répondre à la question préjudicielle "pourquoi Spinoza et pas un autre?" et ça nous ferait entrer dans des questions pas seulement théoriques mais aussi biographiques qui ne sont pas très intéressantes en première approche.

    Le point important c'est que dans cette philosophie, il y a une théorie de la valeur. Et on la trouve pour l'essentiel ramassée dans le scholie de l'éthique 3 9, qui dit ceci, je cite:

    "Nous ne nous efforçons pas vers quelque objet, nous ne le voulons ni ne le désirons ni ne le poursuivons pas parce que nous jugeons qu'il est un bien, mais au contraire nous ne jugeons qu'il est un bien que parce que nous nous efforçons vers lui, parce que nous le voulons, le poursuivons et le désirons."

    Alors, qu'opère ce scholie? Eh bien il opère le renversement radical du lien entre désir et valeur tel qu'on l'établit spontanément. Loin que le désir se règle sur des valeurs préétablies, préexistantes, données, déjà là, qu'il n'aurait en quelque sorte qu'à re-connaître, tout au contraire ce sont les investissements du désirs qui sont instituteurs de la valeur. Alors là, on ne peut pas avoir critique plus radicale des théories substantialistes de la valeur. Critique au terme de laquelle il ne faut pas chercher la valeur dans les caractéristiques intrinsèques de l'objet, ni dans ses propriétés substantielles, la chose n'a aucune valeur en soi. La valeur lui advient toujours du dehors. Par conséquent il n'y a pas de valeur objective.

    Il n'y a pas de valeur, il n'y a que des processus de valorisation. Alors la question subsidiaire est évidemment celle-ci: "Comment opèrent ces processus de valorisation?"
    Et là la réponse spinoziste est très nette: par les affects. Et c''est bien ce que dit ethique 4 8, je cite:

    " La connaissance du bien et du mal n'est rien d'autre qu'un affect de joie ou de tristesse en tant que nous en sommes conscients. En d'autres termes, il n'y a aucune idée objective du bien et du mal, ces idées sont formées d'après nos expériences, et les affects qui en résultent."

    Nos expériences, c'est à dire, pour parler comme Spinoza, les affections de notre corps, telles qu'elles induisent nécessairement des affects. Alors, comme toujours, à sa façon bien à lui, Deleuze redit la chose:
    (dans le lexique spinoziste, un mode c'est une chose, un étant, une chose quelconque)

    "Le mal est le point de vue d'un mode sur une mauvaise rencontre."

    Et c'est bien ce que confirme ethique 4 8, démonstration:

    "En tant que nous percevons qu'un objet quelconque nous affecte de joie ou de tristesse, nous l'apellons bon ou mauvais."

    Et donc voilà. L'affect est l'opérateur de la valorisation. Alors, deux commentaires immédiats.
    D'abord, il ne faut pas s'y tromper, le concept d'affect, dont je dis que chez Spinoza est l'opérateur de la valeur, est tout sauf un concept psychologique. C'est tout sauf l'instrument d'une réduction psychologiste en laquelle dégénèrerait spontanément le spinozisme. L'affect, chez Spinoza, reçoit une définition complètement contre-intuitive, quand on aborde le terme avec tous les présupposés psychologistes dont il a été chargé depuis.
    L'affect chez Spinoza, c'est une variation de la puissance d'agir. Et il y a des affects primaires qui sont le désir, la joie et la tristesse. Affects primaires par spécification et combinaison desquels on peut tirer tous les autres affects, on peut engendrer tous les autres affects. Et d'une certaine manière c'est la partie 3 de l'ethique qui se livre à cette combinatoire générative qui va réengendrer toute la luxuriance de la vie passionnelle.

    Donc, vous voyez, à l'encontre de ce qu'on pourrait imaginer spontanément, l'affect reçoit d'abord une définition corporelle, et on pourrait même dire un ancrage corporel.

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    Mais surtout, rien n'est plus éloigné du spinozisme qu'un individualisme sentimental, du type de celui auquel se rallie bon nombre de sciences sociales contemporaines, d'ailleurs symptomatiquement rebaptisées "sciences humaines".
    "Le spinozisme est un anti-humanisme théorique": je reprends exprès une appellation dont on a fait un épouvantail intellectuel.
    Il nie absolument toute souveraineté d'un cogito, toute autonomie du sujet, tout libre arbitre délibératif, bref tout commandement souverain de l'esprit sur le corps. Si vous vouliez vous faire une idée de la position du spinozisme en cette matière, vous ne trouverez sans doute pas mieux que le scholie de l'éthique 2 35 qui est une espèce de concentré explosif et qui dit ceci:

    "Les hommes se trompent quand ils se croient libres, opinion qui consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent."

    Deuxième chose, il est bien évident que le cadre théorique spinoziste offre tous les moyens de passer des affects individuels aux affects collectifs. Et Spinoza veut parler de politique, il consacre deux traités à la chose, ça ne doit sûrement pas être un hasard. Or, sous le point de vue spinoziste, la politique est d'abord un monde d'affects collectifs.
    En portant le concept d'affect du niveau individuel au niveau collectif, on passe donc d'une théorie de la valorisation élémentaire à une théorie de la valorisation sociale. C'est à dire de la valeur socialement établie, de la valeur socialement reconnue. Par exemple: le traité théologico-politique consacre de longs chapitres à la superstition envisagée comme phénomène social. C'est à dire à la façon dont les hommes, collectivement, valorisent des phénomènes qui font signe, les uns favorables, les autres adverses, etc…. Le point important est le suivant: c'est que tous convergent sur ces valorisations. C'est la marque de l'existence d'un affect commun. Espoir ou crainte, peu importe. Et dans un affect commun c'est la puissance de la multitude qui se manifeste.

    Alors qu'est-ce que c'est que cette affaire, la puissance de la multitude? Et d'abord qu'est ce que c'est que la puissance?
    La puissance chez Spinoza, c'est le pouvoir d'affecter. La puissance c'est le pouvoir d'une chose de produire des effets sur une ou plusieurs autres choses.
    Alors les hommes se rencontrent; ils s'affectent mutuellement, ils s'entre-affectent, c'est notoire, ils s'entre-affectent heureusement ou tristement ce qui les détermine à s'aimer ou à se haïr, c'est selon, et ils s'entre-affectent bilatéralement mais aussi sur une base collective.
    Et c'est là qu'arrive la puissance de la multitude.

    Si vous voulez, intuitivement, par une sorte d'argument d'échelle, seule la multitude possède le pouvoir d'affecter la multitude entière. C'est à dire dispose du pouvoir de produire un affect de portée si vaste qu'il est éprouvé par la multitude elle-même. Donc l'affect commun vient de la multitude où il est formé, pour y retourner, où il va l'affecter. De sorte qu'il n'y a dans le monde social et historique que les auto-affections de la multitude, et ça peut être d'ailleurs une façon de redéfinir les sciences sociales.
    Je vais en rabattre un peu, pardon; ça peut être une façon de définir ce que pourrait être des sciences sociales ou une science sociale spinoziste, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Une science sociale spinoziste, ce pourrait être une science des auto-affections du corps social..

    Alors l'affect commun est donc le produit d'une certaine composition d'affects individuels. Une composition qui les homogénéise, qui les intensifie. Et qui va leur donner la portée d'une formation affective de portée macroscopique. Inutile de le dire, l'affect commun c'est la ressource de toute politique, plato sensu, puisque c'est le principe même, le constituant même de toute valorisation et de toute adhésion.

    Du coup deux choses: premièrement à l'échelle sociale comme à l'échelle individuelle demeurent absolument cette insubstantialité et cette inobjectivité de la valeur.
    De même que la valeur est le produit d'une axiogénie fondamentalement affective, de même la valeur sociale est le produit d'une axiogénie affective collective.
    De sorte que derrière l'effet de valeur il n'y a rien d'autre que les auto-affections de la multitude et l'investissement de certains objets par les affects communs qui les valorise en bien ou en mal, en beau ou en laid, en juste ou en injuste, etc…

    Deuxièmement, il n'y a jamais un affect commun au singulier. Car la politique, c'est aussi que la multitude est fractionnée. Elle est fractionnée en affects communs partiels, ou régionaux si vous voulez. Eventuellement et même le plus souvent antagonistes. Bref, il y a des conflits d'adhésion, il y a des conflits de valorisation. La vraie question à propos d'une certaine chose n'est donc pas:
    "comment se forme l'affect commun qui l'investit?"
    mais plutôt:
    "comment se forment les affects communs partiels, éventuellement antagonistes, c'est à dire affirmant, posant, produisant à son sujet des valorisations différentes. Et là aussi, la question qui suit est évidente,
    "qu'est-ce qui détermine l'issue de ces confrontations, de ces conflits de valorisation?"

    Et là encore, la réponse spinoziste est dans le droit fil de son analytique réaliste de la puissance, et cette réponse, c'est que les gros bataillons l'emporteront sur les petits, ou si vous voulez prendre en compte l'effet des variables intensives, que les bataillons les mieux armés l'emporteront sur les autres. Et là on voit que le spinozisme est à bien des égards, je ne dis pas à tous égards, une agonistique générale, et partant il est aussi une agonistique des affects. Une agonistique des affects qui a cette propriété remarquable de se déployer si bien au niveau inter-psychique qu'intra-psychique, et c'est bien ce que dit éthique 4 7:

    "Un affect ne peut être réprimé ou supprimé si ce n'est par un affect contraire, et plus fort que l'affect à réprimer."

    Ca, c'est la proposition centrale de l'agonistique des affects.
    Alors on a là tous les éléments d'un tableau d'ensemble que je vais récapituler brièvement, dans lequel

    1)la valeur n'a rien d'intrinsèque aux choses
    2)elle leur advient toujours du dehors
    3)d'un dehors social, dont la nature est en dernière analyse affective
    4)autour de chaque chose, il y a des affrontements de valorisation, par affrontement d'affects communs partiels interposés
    Puis j'ajoute ceçi:
    5)ces affrontements sont médiatisés par des structures, par des milieux institutionnels, c'est à dire par des formations d'affects communs préconstitués.

    {10 minutes}

    Par exemple, le musée, la galerie, puisque j'ai dit que j'allais parler de valeur esthétique, sont par excellence des formes institutionnelles cristallisant des affects communs stabilisés.préformés, et c'est d'ailleurs la nature même du capital symbolique.
    Le capital symbolique, c'est le fait d'avoir concentré sur soi un affect commun qui rend par là constitutif de puissance, et je le dis par parentèse, vous voyez à quel point les concepts de la philosophie de Spinoza s'offrent à compléter ou à prolonger les intuitions théoriques de la sociologie de Bourdieu par exemple.

    Le détenteur de capital symbolique a été valorisé et par suite, il faudrait dire plus exactement par transitivité, il devient valorisant à son tour, il peut opérer les valorisations. C'est parce qu'il a été antérieurement reconnu qu'il peut ultérieurement produire des opérations de reconnaissance. Par exemple, si Dagossian peut par son jugement, par son seul jugement, valoriser une oeuvre, c'est parce que sa parole a préalablement été valorisée, et c'est d'avoir été valorisée qui la rend valorisatrice. Donc vous voyez, à l'encontre de la pensée individualiste, qui s'arrête au seuil du mystère ineffable des grands hommes, le spinozisme invite, lui, à voir qu'un agent n'est socialement puissant que parce qu'il a déjà hérité d'une certaine puissance sociale. En d'autres termes, il a été lui-même le réceptacle d'un affect commun, et il dispose par suite d'une certaine capacité à produire d'autres affects communs, ce qui est la définition même de la puissance sociale chez Spinoza.

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    La jouissance de l'affect commun est donc le propre de tous les objets faisant médiation, s'étant intercalés pour ainsi dire, dans la circulations de la multitude, que ces objets soient des institutions, des individus, individus institutionnels, individus faits institutions, etc….
    Il est inutile d'insister sur la ressource stratégique que constituent les affects communs dans les luttes politiques quelle que soit leur nature. Les luttes de valorisation esthétique dans le champ de l'art contemporain, c'est des luttes politiques. Le nom du jeu c'est alors la capture.
    Les gros bataillons, les bataillons les mieux armés, dont je parlais tout à l'heure, ce sont les bataillons qui ont réussi à mettre l'affect commun de leur côté. Et très logiquement les gens de pouvoir ont développé une metis et une phronésis de la capture. C'est à dire un art tout à fait empirique de se placer dans le courant de la puissance de la multitude, de s'y intercaler, de la faire passer par eux. Et pour l'ajouter à leur puissance propre, qui n'est rien sans elle.

    Alors voilà, vous avez avec cette esquisse un peu grossière l'idée d'une théorie tout à fait générale de la valeur et des luttes de valorisation. Tout à fait générale en quel sens? Au sens où elle est transversale à tous les ordres de valeur, aussi différents puissent-ils paraître, car c'est ça la chose drôle: on tient généralement valeur économique, valeur morale, valeur esthétique, pour absolument hétérogène, c'est sûrement un malheureux accident lexical qui fait qu'on ne dispose que d'un mot pour parler de ces trois choses qui, c'est évident, n'ont rien à voir les unes avec les autres. Pas du tout, l'identité de mots est très heureuse au contraire. Elle fait signe en direction d'une identité de principe, que la perspective spinoziste permet précisément de dégager, à savoir, le pouvoir axiogénique des affects.

    Il y a un sociologue qui a très bien compris ça, c'est Durkheim. grand spinoziste, enfin c'est un spinoziste méconnu comme tel, Durkheim. Et il a également en vue une théorie unifiée de la valeur. Voici ce qu'il dans sociologie et philosophie:

    "Les phénomènes sociaux: religion, morale, droit, économie, esthétique, ne sont autre chose que des systèmes de valeur."

    Pourquoi avoir fait tout ce détour? On arrive maintenant, vous voyez, j'en arrive à mon objet finalement. C'était un peu lent. Mais pourquoi avoir fait tout ce détour?
    Parce que l'entreprise de Damien Hirst me semble être la performation pratique de cette théorie unifiée de la valeur. C'est à dire de cette identité de principe de toutes les valeurs.

    Et en ce sens, intentionnellement ou non ça c'est une autre question, cette entreprise de Hirst entraîne une charge critique explosive contre les représentations courantes de la valeur économique. Ce serait ça ma thèse:
    Au moment où l'art s'économicise, au moment où l'art se marchandise à outrance, il devient le plus puissant dissolvant de la valeur économique. Au moment où la valeur esthétique se rapproche de la valeur économique, elle en détruit les fondements.

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    La valeur esthétique, c'est une chose bien admise, est affaire de goût, d'opinion, c'est le domaine de l'intersubjectivité, de l'instabilité, des fluctuations incompréhensibles, là où la valeur économique, elle, est créditée d'être substantiellement fondée et objective. Or l'économicisation de la valeur artistique procède de l'idée que la valeur esthétique va s'exprimer sous la forme de la valeur économique, peut-être pas en totalité, mais d'une manière qui pour être partielle n'en est pas moins fidèle, dans son ordre.

    Et voici la valeur économique, l'évaluation monétaire, faite index de toutes les valeurs esthétiques.

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    Or, en gros, ce que fait Damien Hirst, c'est que mettant intimement en rapport la valeur creuse de l'art et la valeur supposée pleine de l'économie, il fait apparaître en pleine lumière que les valeurs supposées pleines sont en fait tout à fait creuses. De sorte que par ce rapprochement, le creux, je veux dire la non-substantialité de la valeur esthétique, contamine fatalement la valeur économique. D'où la conclusion contre-intuitive à l'encontre de la déploration courante. Dans le rapprochement de la valeur esthétique et de la valeur économique, celle des deux qui tue l'autre n'est pas du tout celle qu'on croit. Alors ce rapprochement, cette confusion de la valeur esthétique et de la valeur économique doit toucher juste si on en juge par les levées de boucliers qu'elle provoque. Parce que de tous les côtés, c'est le tollé. Evidemment, c'est dans la théorie, plutôt que dans la pratique, que la réaction se produit du côté de l'économie, et elle ne date pas d'aujourd'hui.

    En 1905, Durkheim fait une conférence devant la société d'économie politique. Je ne remercierai jamais assez André de m'avoir fait connaître cette conférence. Parce que c'est un symptôme absolument magnifique, et qui n'a pas pris une ride en un siècle, il est toujours autant d'actualité. Alors, que dit Durkheim à nos braves économistes?

    Il leur dit en substance ceci:
    "Voilà, vous pensez que les sciences sociales qui prennent pour objet le droit, la morale, la politique", celles là même qu'on apellait "sciences sociales et politiques", avec l'académie ad hoc, tout ce que vous voulez. "Vous pensez que ces sciences sociales là ont essentiellement affaire avec des valeurs-opinions et avec des valeurs-croyances. Et vous avez raison. Mais vous pensez par ailleurs que les valeurs de l'économie, les valeurs monétaires, sont absolument distinctes, car, loin d'être faites de jugements et d'opinions, elles sont substantiellement fondées et objectives. Et là vous avez tort. Les valeurs de l'économie n'échappent pas à l'ordre commun de la valeur. Ce que vous croyez objectivement fondé du seul fait qu'il prend la forme quantitative des prix monétaires n'est que l'expression nombrée d'une composition de jugements-opinions et de croyances, c'est à dire une composition d'affects collectifs."

    Et voilà atteint directement le grand tabou de l'économie orthodoxe. L'économie est le domaine quantitatif du social et par là elle imagine que ce quantitativisme lui donne tous les titres au status de de science galilléene. Et, séance tenante, elle se rève comme la seule vraie science des sciences sociales. La moins molle, peut-être même la plus dure, allez savoir. Puisque elle au moins, elle est objective. Elle est objective par la grâce de ce substrat quantitatif qui lui a été offert.

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    Et Durkheim renverse d'un coup cette prétention, alors c'est insupportable bien sûr. Les rapports économiques n'échappent en rien au domaine de l'opinion et de la croyance. Ils y sont même entièrement immergés. Alors qu'est-ce qu'une croyance en termes spinozistes? Eh bien c'est une idée affect, et je devrais même le dire autrement pour marquer plus fortement encore ce primat des affects.
    Une croyance, en termes spinozistes, c'est un affect investi dans certain contenu représentationnel, investi dans un certain contenu idéel. Et c'est bien ce que disait éthique 4 8, que j'ai cité tout à l'heure:

    "Nos jugements sont formés au voisinnage immédiat de nos affects, ils sont intégralement en leur orbite."

    Alors, tout ça est parfaitement insupportable pour la science économique, qui continue tête baissée de nourrir ses dogmes de la valeur substantiellement fondée et de la valeur objective. Alors sous ce rapport vous pourriez mettre ensemble des courants que tout oppose par ailleurs. Vous pourriez mettre ensemble la théorie néo-classique la plus échevelée au marxisme le plus critique. Là où cette persévérance dans l'entêtement atteint ses points les plus hauts, c'est en matière de théorie néo-classique de la finance qui tout entière se construit autour du concept dit de "valeur fondamentale".
    Qu'est-ce qu'une bulle?

    {18 minutes 27}

    Soit un billet dessiné par Warhol. Sa valeur faciale est de 10$. Question: quelle est sa valeur effective? Eh bien, tout l'intérêt de cette proposition, vous voyez bien, c'est d'organiser en elle-même et non par le jeu de commentaires extrinsèques, c'est d'organiser en son sein la mise en conflit principes de valorisation antagonistes. Quoique fondamentalement identiques, je le redis. Puisque derrière toute valorisation, il faut toujours chercher l'affect commun. C'est à dire la potentia multitudinis. Mais Warhol, en un seul geste, ici, fait jouer deux affects communs, l'un contre l'autre, ou l'un avec l'autre. L'affect commun de la valorisation monétaire, qui valorise à 10$ un billet marqué 10$, et l'affect commun de la valorisation artistique, qui donne à l'oeuvre une valeur immensément supérieure à la valeur faciale de la chose représentée. D'une certaine manière, mais c'est sûrement moi qui projette mon propre point de vue, j'ai tendance à penser que la démonstration aura été encore plus convaincante si Warhol s'était contenté de punaiser un vrai billet de 10$. Dès lors on aurait eu cette chose assez drôle d'un vrai billet de 10$ qui aurait pu s'échanger à des milliers ou à des millions de dollars.
    On peut faire plus vertigineux encore, avec cette autre proposition de Silvo Meiredes. Bon. Le billet de 0$ est je le précise aux dimensions réelles du greenback, 5;5 par 15,5cm. On a un objet tout à fait remarquable. On a un signe monétaire qui est en soi l'affirmation d'un valoir marchand mais dont la valeur faciale est nulle. C'est à dire un objet dont l'essence qui est de valoir est contredite par sa réalisation qui est un valoir 0, mais exaucé par le fait que cette contradiction a été opérée selon un geste artistique. C'est à dire convoquant un autre principe de valorisation, un autre affect commun. Un second principe de valorisation qui va néanmoins trouver son expression dans la syntaxe du premier.

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  2. Les Mutins de Pangée filment le direct de l’émission de radio "Là-bas si j’y suis" sur le stand de France Inter. Daniel Mermet invite l’économiste Frédéric Lordon.

    lesmutins.org

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  3. OSVehicle presents Tabby: an industrializable, production ready, versatile, universal chassis.

    More info: osvehicle.com/
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    Video Credits: Simone Spada (simonespada.com)

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  4. Follow on:
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    This was filmed between 4th and 11th April 2011. I had the pleasure of visiting El Teide.
    Spain´s highest mountain @(3718m) is one of the best places in the world to photograph the stars and is also the location of Teide Observatories, considered to be one of the world´s best observatories.

    The goal was to capture the beautiful Milky Way galaxy along with one of the most amazing mountains I know El Teide. I have to say this was one of the most exhausting trips I have done. There was a lot of hiking at high altitudes and probably less than 10 hours of sleep in total for the whole week. Having been here 10-11 times before I had a long list of must-see locations I wanted to capture for this movie, but I am still not 100% used to carrying around so much gear required for time-lapse movies.

    A large sandstorm hit the Sahara Desert on the 9th April (bit.ly/g3tsDW) and at approx 3am in the night the sandstorm hit me, making it nearly impossible to see the sky with my own eyes.

    Interestingly enough my camera was set for a 5 hour sequence of the milky way during this time and I was sure my whole scene was ruined. To my surprise, my camera had managed to capture the sandstorm which was backlit by Grand Canary Island making it look like golden clouds. The Milky Way was shining through the clouds, making the stars sparkle in an interesting way. So if you ever wondered how the Milky Way would look through a Sahara sandstorm, look at 00:32.

    Available in Digital Cinema 4k.

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    Music by my friend: Ludovico Einaudi - "Nuvole bianche" with permission.
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  5. Un film de Michel Collon & Denise Vindevogel. (Belgique, 2014)

    En cette année anniversaire, les médias racontent « comment » a eu lieu la Première Guerre mondiale (dix millions de morts), mais jamais pourquoi. « Morts pour la patrie », proclament tous nos monuments officiels.
    Mensonge ! 14-18, c’était déjà une guerre du fric. Non seulement chez les « méchants » (Allemagne, Autriche), mais aussi chez les « gentils (France, Angleterre, Belgique…), le véritable enjeu était : quelle puissance dominera le monde et contrôlera ses richesses ?

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