1. HELIOGRAVURES
    PERFORMANCES

    Installations chorégraphiques
    Un projet imaginé par Julien Jeanne avec la complicité de 12 amateurs

    Ce projet a été réalisé en octobre 2009, dans le cadre de l'exposition "Nosotros no sabiamos" dédiée à Léon Ferrari (plasticien Argentin), organisée par l'association Travesìas, en collaboration avec l'école régionale des beaux Arts de Rennes, la Criée - centre art contemporain et le Musée de la Danse.

    Conception, interprétation - Julien Jeanne
    plasticien sonore - Damien Marchal
    Lumière - Alice Gill-Kahn

    production: Musée de la danse et l'association Index

    Héliogravures par Gilles Amalvi

    Changer de gare de triage
    Des nuées désordonnées de personnages anonymes, figures schématiques capturées dans les circuits d'un système clos – silhouettes mues par des flèches, des lignes – positionnées dans les grilles d'un réseau infini. Les Héliogravures de León Ferrari nous confrontent à un univers angoissant, fonctionnalisé jusqu'à l'absurde. Ses figures errantes forment des « vanités » : le revers allégorique de ces dessins d'urbanisme qui présentent du réel une version aseptisée. Derrière le rêve moderniste d'un bonheur standard, León Ferrari révèle un cauchemar kafkaïen.

    Douées d'une singulière polysémie, abstractions porteuses de sens multiples, ces œuvres se prêtent tout naturellement à la relecture, au « déplacement des activités créatrices ». Comme l'explique Henri Michaux à propos du passage de l'écriture à la peinture : « Le déplacement des activités créatrices est un des plus étranges voyages en soi qu'on puisse faire. Étrange décongestion, mise en sommeil d'une partie de la tête, la parlante, l'écrivante (partie, non, système de connexion plutôt). On change de gare de triage » . Appliquer aux œuvres un autre « système de connexion », les brancher sur d'autres intensités, d'autres procédures formelles, leur attribuer un mode de visibilité qui en décale le commentaire – ce pourrait être une (autre) définition du « Musée de la Danse ». Accrochées dans les couloirs du centre chorégraphique de Rennes, ces gravures mettant en jeu un corps ayant perdu toutes coordonnées subjectives acquéraient un double statut : estampes à regarder et propositions à activer. Des dessins forment des arborescences – pourquoi pas des corps pour prendre le relai, circuler, faire dévier les sens ?

    Invité à prolonger les ramifications imaginaires de l'exposition, le chorégraphe Julien Jeanne a proposé de les déplier dans le temps et dans l'espace – de confronter la surface du papier aux dimensions multiples de l'espace performatif. Artiste à la frontière de plusieurs territoires – installation, performance, pédagogie – Julien Jeanne s'est saisi de ces partitions à l'endroit de leur indétermination, afin d'en explorer différentes facettes. A la manière de suites et de variations, il a conçu une série de 5 performances, défaisant et reconstruisant les motifs des gravures, jouant sur le réel des corps et leur abstraction.

    Ces rendez-vous – qui avaient lieu une fois par semaine – ont instauré une scansion, une série d'encoches dans la durée plane de l'exposition. Un temps parallèle à celui de la contemplation des œuvres – où affluaient et se recomposaient les figures : l'oppressante neutralité, l'organisation à la fois rationnelle et délirante de l'espace, l'annulation des différences, des dimensions, la disparition d'une orientation. Autant de principes qui ont guidé l'élaboration du travail, sous forme d'ateliers conçus semaine après semaine avec 12 amateurs. Un principe, un temps d'apprentissage et de répétition, une performance. Partage, mise en circulation, et représentation : les Héliogravures de Julien Jeanne proposaient une mise en relais inédite d'évènements scéniques – offrant la possibilité de revoir, de déchiffrer autrement les œuvres.

    Dessiner-danser / Danser-dessiner
    La première performance posait un décor servant de point d'origine, dont certains éléments rappelaient la grande frise de León Ferrari exposée dans la salle – un labyrinthe où les figurations d'espace (tables, couloirs, w.c., urinoirs) sont parcourues de petits personnages identiques, avec l'éclosion ça et là de formes organiques ou végétales – systèmes nerveux, racines, nervures...

    Dans ce solo, les objets constituant le décor – une pile de feuilles, un arbre, des toilettes, des rouleaux de scotch – évoquaient un quotidien rendu à son inquiétante étrangeté. Une « vie mode d'emploi » sans mémoire ni récit, un univers carcéral blanc, habité par une unique figure immobile. Les performances suivantes multipliaient ce corps désorienté par 12. Partant chacune d'un principe de composition, le déclinant, l'étirant, elles saturaient progressivement l'espace des mêmes gestes et des mêmes figures – jusqu'à l'épuisement. Des échos apparaissaient de l'une à l'autre, des images insistaient, comme celle de l'étendu, du gisant – point mort de ces figures en constante circulation. Le tissu sonore – conçu par Damien Marchal à partir de bruits de scanners – revenait lui aussi d'une performance à l'autre, comme un bourdon sans fin : le bruit oppressant de la reproduction des images.

    Surexposition
    En correspondance avec l'uniformisation des déplacements, des postures, des mouvements révélés par les Héliogravures, chacune de ces performances expose un individu uniformisé, un « homme unidimensionnel » en proie à des tâches répétitives – avec le sommeil (ou la mort) comme unique point de fuite. Le principe d'attente, de suspens que crée cet enchaînement continu – que nulle action divergente ne vient interrompre – place le public dans une attitude quasi contemplative. Aucun développement auquel s'accrocher, aucune rupture : les corps accomplissent leurs fonctions, se résorbant dans le système qui les anime. Le son et la lumière scandent ces gestes par des moments de rupture – un flash soudain, un black-out, le son du scanner qui se réinitialise – mais ces ruptures, comme de faux indices, restent indépendantes de l'action. Imperturbables, les corps poursuivent leur étrange procession.

    Dans ce dispositif à la frontière de l'installation et de la chorégraphie, les spectateurs sont libres d'errer dans l'espace, de changer de point de vue, de chercher un angle révélant un sens, ou de supposer un indice sur la frise de León Ferrari, permettant d'interpréter l'ensemble. Mais comme en un étrange miroir, ils sont renvoyés à la pure circulation de ces personnages de chair et de papier – figurines équivoques de notre condition.

    Avec Héliogravures la « valeur d'exposition » que porte une création – qu'elle soit picturale, textuelle, ou performative – se trouve mise en lumière : l'interprétation réciproque qui s'instaure entre l'œuvre, le lieu qui la montre et les artistes qui s'en emparent. Un centre chorégraphique exposant une œuvre qui l'expose. Un chorégraphe invité surexposant à son tour l'exposition. De la surface de papier à la scène, des dessins aux mouvements, les Héliogravures s'exposent au pluriel.

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  2. HELIOGRAVURES
    PERFORMANCES

    Installations chorégraphiques
    Un projet imaginé par Julien Jeanne avec la complicité de 12 amateurs

    Ce projet a été réalisé en octobre 2009, dans le cadre de l'exposition "Nosotros no sabiamos" dédiée à Léon Ferrari (plasticien Argentin), organisée par l'association Travesìas, en collaboration avec l'école régionale des beaux Arts de Rennes, la Criée - centre art contemporain et le Musée de la Danse.

    Conception, interprétation - Julien Jeanne
    plasticien sonore - Damien Marchal
    Lumière - Alice Gill-Kahn

    production: Musée de la danse et l'association Index

    Héliogravures par Gilles Amalvi

    Changer de gare de triage
    Des nuées désordonnées de personnages anonymes, figures schématiques capturées dans les circuits d'un système clos – silhouettes mues par des flèches, des lignes – positionnées dans les grilles d'un réseau infini. Les Héliogravures de León Ferrari nous confrontent à un univers angoissant, fonctionnalisé jusqu'à l'absurde. Ses figures errantes forment des « vanités » : le revers allégorique de ces dessins d'urbanisme qui présentent du réel une version aseptisée. Derrière le rêve moderniste d'un bonheur standard, León Ferrari révèle un cauchemar kafkaïen.

    Douées d'une singulière polysémie, abstractions porteuses de sens multiples, ces œuvres se prêtent tout naturellement à la relecture, au « déplacement des activités créatrices ». Comme l'explique Henri Michaux à propos du passage de l'écriture à la peinture : « Le déplacement des activités créatrices est un des plus étranges voyages en soi qu'on puisse faire. Étrange décongestion, mise en sommeil d'une partie de la tête, la parlante, l'écrivante (partie, non, système de connexion plutôt). On change de gare de triage » . Appliquer aux œuvres un autre « système de connexion », les brancher sur d'autres intensités, d'autres procédures formelles, leur attribuer un mode de visibilité qui en décale le commentaire – ce pourrait être une (autre) définition du « Musée de la Danse ». Accrochées dans les couloirs du centre chorégraphique de Rennes, ces gravures mettant en jeu un corps ayant perdu toutes coordonnées subjectives acquéraient un double statut : estampes à regarder et propositions à activer. Des dessins forment des arborescences – pourquoi pas des corps pour prendre le relai, circuler, faire dévier les sens ?

    Invité à prolonger les ramifications imaginaires de l'exposition, le chorégraphe Julien Jeanne a proposé de les déplier dans le temps et dans l'espace – de confronter la surface du papier aux dimensions multiples de l'espace performatif. Artiste à la frontière de plusieurs territoires – installation, performance, pédagogie – Julien Jeanne s'est saisi de ces partitions à l'endroit de leur indétermination, afin d'en explorer différentes facettes. A la manière de suites et de variations, il a conçu une série de 5 performances, défaisant et reconstruisant les motifs des gravures, jouant sur le réel des corps et leur abstraction.

    Ces rendez-vous – qui avaient lieu une fois par semaine – ont instauré une scansion, une série d'encoches dans la durée plane de l'exposition. Un temps parallèle à celui de la contemplation des œuvres – où affluaient et se recomposaient les figures : l'oppressante neutralité, l'organisation à la fois rationnelle et délirante de l'espace, l'annulation des différences, des dimensions, la disparition d'une orientation. Autant de principes qui ont guidé l'élaboration du travail, sous forme d'ateliers conçus semaine après semaine avec 12 amateurs. Un principe, un temps d'apprentissage et de répétition, une performance. Partage, mise en circulation, et représentation : les Héliogravures de Julien Jeanne proposaient une mise en relais inédite d'évènements scéniques – offrant la possibilité de revoir, de déchiffrer autrement les œuvres.

    Dessiner-danser / Danser-dessiner
    La première performance posait un décor servant de point d'origine, dont certains éléments rappelaient la grande frise de León Ferrari exposée dans la salle – un labyrinthe où les figurations d'espace (tables, couloirs, w.c., urinoirs) sont parcourues de petits personnages identiques, avec l'éclosion ça et là de formes organiques ou végétales – systèmes nerveux, racines, nervures...

    Dans ce solo, les objets constituant le décor – une pile de feuilles, un arbre, des toilettes, des rouleaux de scotch – évoquaient un quotidien rendu à son inquiétante étrangeté. Une « vie mode d'emploi » sans mémoire ni récit, un univers carcéral blanc, habité par une unique figure immobile. Les performances suivantes multipliaient ce corps désorienté par 12. Partant chacune d'un principe de composition, le déclinant, l'étirant, elles saturaient progressivement l'espace des mêmes gestes et des mêmes figures – jusqu'à l'épuisement. Des échos apparaissaient de l'une à l'autre, des images insistaient, comme celle de l'étendu, du gisant – point mort de ces figures en constante circulation. Le tissu sonore – conçu par Damien Marchal à partir de bruits de scanners – revenait lui aussi d'une performance à l'autre, comme un bourdon sans fin : le bruit oppressant de la reproduction des images.

    Surexposition
    En correspondance avec l'uniformisation des déplacements, des postures, des mouvements révélés par les Héliogravures, chacune de ces performances expose un individu uniformisé, un « homme unidimensionnel » en proie à des tâches répétitives – avec le sommeil (ou la mort) comme unique point de fuite. Le principe d'attente, de suspens que crée cet enchaînement continu – que nulle action divergente ne vient interrompre – place le public dans une attitude quasi contemplative. Aucun développement auquel s'accrocher, aucune rupture : les corps accomplissent leurs fonctions, se résorbant dans le système qui les anime. Le son et la lumière scandent ces gestes par des moments de rupture – un flash soudain, un black-out, le son du scanner qui se réinitialise – mais ces ruptures, comme de faux indices, restent indépendantes de l'action. Imperturbables, les corps poursuivent leur étrange procession.

    Dans ce dispositif à la frontière de l'installation et de la chorégraphie, les spectateurs sont libres d'errer dans l'espace, de changer de point de vue, de chercher un angle révélant un sens, ou de supposer un indice sur la frise de León Ferrari, permettant d'interpréter l'ensemble. Mais comme en un étrange miroir, ils sont renvoyés à la pure circulation de ces personnages de chair et de papier – figurines équivoques de notre condition.

    Avec Héliogravures la « valeur d'exposition » que porte une création – qu'elle soit picturale, textuelle, ou performative – se trouve mise en lumière : l'interprétation réciproque qui s'instaure entre l'œuvre, le lieu qui la montre et les artistes qui s'en emparent. Un centre chorégraphique exposant une œuvre qui l'expose. Un chorégraphe invité surexposant à son tour l'exposition. De la surface de papier à la scène, des dessins aux mouvements, les Héliogravures s'exposent au pluriel.

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  3. HELIOGRAVURES
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    Installations chorégraphiques
    Un projet imaginé par Julien Jeanne avec la complicité de 12 amateurs

    Ce projet a été réalisé en octobre 2009, dans le cadre de l'exposition "Nosotros no sabiamos" dédiée à Léon Ferrari (plasticien Argentin), organisée par l'association Travesìas, en collaboration avec l'école régionale des beaux Arts de Rennes, la Criée - centre art contemporain et le Musée de la Danse.

    Conception, interprétation - Julien Jeanne
    plasticien sonore - Damien Marchal
    Lumière - Alice Gill-Kahn

    production: Musée de la danse et l'association Index

    Héliogravures par Gilles Amalvi

    Changer de gare de triage
    Des nuées désordonnées de personnages anonymes, figures schématiques capturées dans les circuits d'un système clos – silhouettes mues par des flèches, des lignes – positionnées dans les grilles d'un réseau infini. Les Héliogravures de León Ferrari nous confrontent à un univers angoissant, fonctionnalisé jusqu'à l'absurde. Ses figures errantes forment des « vanités » : le revers allégorique de ces dessins d'urbanisme qui présentent du réel une version aseptisée. Derrière le rêve moderniste d'un bonheur standard, León Ferrari révèle un cauchemar kafkaïen.

    Douées d'une singulière polysémie, abstractions porteuses de sens multiples, ces œuvres se prêtent tout naturellement à la relecture, au « déplacement des activités créatrices ». Comme l'explique Henri Michaux à propos du passage de l'écriture à la peinture : « Le déplacement des activités créatrices est un des plus étranges voyages en soi qu'on puisse faire. Étrange décongestion, mise en sommeil d'une partie de la tête, la parlante, l'écrivante (partie, non, système de connexion plutôt). On change de gare de triage » . Appliquer aux œuvres un autre « système de connexion », les brancher sur d'autres intensités, d'autres procédures formelles, leur attribuer un mode de visibilité qui en décale le commentaire – ce pourrait être une (autre) définition du « Musée de la Danse ». Accrochées dans les couloirs du centre chorégraphique de Rennes, ces gravures mettant en jeu un corps ayant perdu toutes coordonnées subjectives acquéraient un double statut : estampes à regarder et propositions à activer. Des dessins forment des arborescences – pourquoi pas des corps pour prendre le relai, circuler, faire dévier les sens ?

    Invité à prolonger les ramifications imaginaires de l'exposition, le chorégraphe Julien Jeanne a proposé de les déplier dans le temps et dans l'espace – de confronter la surface du papier aux dimensions multiples de l'espace performatif. Artiste à la frontière de plusieurs territoires – installation, performance, pédagogie – Julien Jeanne s'est saisi de ces partitions à l'endroit de leur indétermination, afin d'en explorer différentes facettes. A la manière de suites et de variations, il a conçu une série de 5 performances, défaisant et reconstruisant les motifs des gravures, jouant sur le réel des corps et leur abstraction.

    Ces rendez-vous – qui avaient lieu une fois par semaine – ont instauré une scansion, une série d'encoches dans la durée plane de l'exposition. Un temps parallèle à celui de la contemplation des œuvres – où affluaient et se recomposaient les figures : l'oppressante neutralité, l'organisation à la fois rationnelle et délirante de l'espace, l'annulation des différences, des dimensions, la disparition d'une orientation. Autant de principes qui ont guidé l'élaboration du travail, sous forme d'ateliers conçus semaine après semaine avec 12 amateurs. Un principe, un temps d'apprentissage et de répétition, une performance. Partage, mise en circulation, et représentation : les Héliogravures de Julien Jeanne proposaient une mise en relais inédite d'évènements scéniques – offrant la possibilité de revoir, de déchiffrer autrement les œuvres.

    Dessiner-danser / Danser-dessiner
    La première performance posait un décor servant de point d'origine, dont certains éléments rappelaient la grande frise de León Ferrari exposée dans la salle – un labyrinthe où les figurations d'espace (tables, couloirs, w.c., urinoirs) sont parcourues de petits personnages identiques, avec l'éclosion ça et là de formes organiques ou végétales – systèmes nerveux, racines, nervures...

    Dans ce solo, les objets constituant le décor – une pile de feuilles, un arbre, des toilettes, des rouleaux de scotch – évoquaient un quotidien rendu à son inquiétante étrangeté. Une « vie mode d'emploi » sans mémoire ni récit, un univers carcéral blanc, habité par une unique figure immobile. Les performances suivantes multipliaient ce corps désorienté par 12. Partant chacune d'un principe de composition, le déclinant, l'étirant, elles saturaient progressivement l'espace des mêmes gestes et des mêmes figures – jusqu'à l'épuisement. Des échos apparaissaient de l'une à l'autre, des images insistaient, comme celle de l'étendu, du gisant – point mort de ces figures en constante circulation. Le tissu sonore – conçu par Damien Marchal à partir de bruits de scanners – revenait lui aussi d'une performance à l'autre, comme un bourdon sans fin : le bruit oppressant de la reproduction des images.

    Surexposition
    En correspondance avec l'uniformisation des déplacements, des postures, des mouvements révélés par les Héliogravures, chacune de ces performances expose un individu uniformisé, un « homme unidimensionnel » en proie à des tâches répétitives – avec le sommeil (ou la mort) comme unique point de fuite. Le principe d'attente, de suspens que crée cet enchaînement continu – que nulle action divergente ne vient interrompre – place le public dans une attitude quasi contemplative. Aucun développement auquel s'accrocher, aucune rupture : les corps accomplissent leurs fonctions, se résorbant dans le système qui les anime. Le son et la lumière scandent ces gestes par des moments de rupture – un flash soudain, un black-out, le son du scanner qui se réinitialise – mais ces ruptures, comme de faux indices, restent indépendantes de l'action. Imperturbables, les corps poursuivent leur étrange procession.

    Dans ce dispositif à la frontière de l'installation et de la chorégraphie, les spectateurs sont libres d'errer dans l'espace, de changer de point de vue, de chercher un angle révélant un sens, ou de supposer un indice sur la frise de León Ferrari, permettant d'interpréter l'ensemble. Mais comme en un étrange miroir, ils sont renvoyés à la pure circulation de ces personnages de chair et de papier – figurines équivoques de notre condition.

    Avec Héliogravures la « valeur d'exposition » que porte une création – qu'elle soit picturale, textuelle, ou performative – se trouve mise en lumière : l'interprétation réciproque qui s'instaure entre l'œuvre, le lieu qui la montre et les artistes qui s'en emparent. Un centre chorégraphique exposant une œuvre qui l'expose. Un chorégraphe invité surexposant à son tour l'exposition. De la surface de papier à la scène, des dessins aux mouvements, les Héliogravures s'exposent au pluriel.

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    Installations chorégraphiques
    Un projet imaginé par Julien Jeanne avec la complicité de 12 amateurs

    Ce projet a été réalisé en octobre 2009, dans le cadre de l'exposition "Nosotros no sabiamos" dédiée à Léon Ferrari (plasticien Argentin), organisée par l'association Travesìas, en collaboration avec l'école régionale des beaux Arts de Rennes, la Criée - centre art contemporain et le Musée de la Danse.

    Conception, interprétation - Julien Jeanne
    plasticien sonore - Damien Marchal
    Lumière - Alice Gill-Kahn

    production: Musée de la danse et l'association Index

    Héliogravures par Gilles Amalvi

    Changer de gare de triage
    Des nuées désordonnées de personnages anonymes, figures schématiques capturées dans les circuits d'un système clos – silhouettes mues par des flèches, des lignes – positionnées dans les grilles d'un réseau infini. Les Héliogravures de León Ferrari nous confrontent à un univers angoissant, fonctionnalisé jusqu'à l'absurde. Ses figures errantes forment des « vanités » : le revers allégorique de ces dessins d'urbanisme qui présentent du réel une version aseptisée. Derrière le rêve moderniste d'un bonheur standard, León Ferrari révèle un cauchemar kafkaïen.

    Douées d'une singulière polysémie, abstractions porteuses de sens multiples, ces œuvres se prêtent tout naturellement à la relecture, au « déplacement des activités créatrices ». Comme l'explique Henri Michaux à propos du passage de l'écriture à la peinture : « Le déplacement des activités créatrices est un des plus étranges voyages en soi qu'on puisse faire. Étrange décongestion, mise en sommeil d'une partie de la tête, la parlante, l'écrivante (partie, non, système de connexion plutôt). On change de gare de triage » . Appliquer aux œuvres un autre « système de connexion », les brancher sur d'autres intensités, d'autres procédures formelles, leur attribuer un mode de visibilité qui en décale le commentaire – ce pourrait être une (autre) définition du « Musée de la Danse ». Accrochées dans les couloirs du centre chorégraphique de Rennes, ces gravures mettant en jeu un corps ayant perdu toutes coordonnées subjectives acquéraient un double statut : estampes à regarder et propositions à activer. Des dessins forment des arborescences – pourquoi pas des corps pour prendre le relai, circuler, faire dévier les sens ?

    Invité à prolonger les ramifications imaginaires de l'exposition, le chorégraphe Julien Jeanne a proposé de les déplier dans le temps et dans l'espace – de confronter la surface du papier aux dimensions multiples de l'espace performatif. Artiste à la frontière de plusieurs territoires – installation, performance, pédagogie – Julien Jeanne s'est saisi de ces partitions à l'endroit de leur indétermination, afin d'en explorer différentes facettes. A la manière de suites et de variations, il a conçu une série de 5 performances, défaisant et reconstruisant les motifs des gravures, jouant sur le réel des corps et leur abstraction.

    Ces rendez-vous – qui avaient lieu une fois par semaine – ont instauré une scansion, une série d'encoches dans la durée plane de l'exposition. Un temps parallèle à celui de la contemplation des œuvres – où affluaient et se recomposaient les figures : l'oppressante neutralité, l'organisation à la fois rationnelle et délirante de l'espace, l'annulation des différences, des dimensions, la disparition d'une orientation. Autant de principes qui ont guidé l'élaboration du travail, sous forme d'ateliers conçus semaine après semaine avec 12 amateurs. Un principe, un temps d'apprentissage et de répétition, une performance. Partage, mise en circulation, et représentation : les Héliogravures de Julien Jeanne proposaient une mise en relais inédite d'évènements scéniques – offrant la possibilité de revoir, de déchiffrer autrement les œuvres.

    Dessiner-danser / Danser-dessiner
    La première performance posait un décor servant de point d'origine, dont certains éléments rappelaient la grande frise de León Ferrari exposée dans la salle – un labyrinthe où les figurations d'espace (tables, couloirs, w.c., urinoirs) sont parcourues de petits personnages identiques, avec l'éclosion ça et là de formes organiques ou végétales – systèmes nerveux, racines, nervures...

    Dans ce solo, les objets constituant le décor – une pile de feuilles, un arbre, des toilettes, des rouleaux de scotch – évoquaient un quotidien rendu à son inquiétante étrangeté. Une « vie mode d'emploi » sans mémoire ni récit, un univers carcéral blanc, habité par une unique figure immobile. Les performances suivantes multipliaient ce corps désorienté par 12. Partant chacune d'un principe de composition, le déclinant, l'étirant, elles saturaient progressivement l'espace des mêmes gestes et des mêmes figures – jusqu'à l'épuisement. Des échos apparaissaient de l'une à l'autre, des images insistaient, comme celle de l'étendu, du gisant – point mort de ces figures en constante circulation. Le tissu sonore – conçu par Damien Marchal à partir de bruits de scanners – revenait lui aussi d'une performance à l'autre, comme un bourdon sans fin : le bruit oppressant de la reproduction des images.

    Surexposition
    En correspondance avec l'uniformisation des déplacements, des postures, des mouvements révélés par les Héliogravures, chacune de ces performances expose un individu uniformisé, un « homme unidimensionnel » en proie à des tâches répétitives – avec le sommeil (ou la mort) comme unique point de fuite. Le principe d'attente, de suspens que crée cet enchaînement continu – que nulle action divergente ne vient interrompre – place le public dans une attitude quasi contemplative. Aucun développement auquel s'accrocher, aucune rupture : les corps accomplissent leurs fonctions, se résorbant dans le système qui les anime. Le son et la lumière scandent ces gestes par des moments de rupture – un flash soudain, un black-out, le son du scanner qui se réinitialise – mais ces ruptures, comme de faux indices, restent indépendantes de l'action. Imperturbables, les corps poursuivent leur étrange procession.

    Dans ce dispositif à la frontière de l'installation et de la chorégraphie, les spectateurs sont libres d'errer dans l'espace, de changer de point de vue, de chercher un angle révélant un sens, ou de supposer un indice sur la frise de León Ferrari, permettant d'interpréter l'ensemble. Mais comme en un étrange miroir, ils sont renvoyés à la pure circulation de ces personnages de chair et de papier – figurines équivoques de notre condition.

    Avec Héliogravures la « valeur d'exposition » que porte une création – qu'elle soit picturale, textuelle, ou performative – se trouve mise en lumière : l'interprétation réciproque qui s'instaure entre l'œuvre, le lieu qui la montre et les artistes qui s'en emparent. Un centre chorégraphique exposant une œuvre qui l'expose. Un chorégraphe invité surexposant à son tour l'exposition. De la surface de papier à la scène, des dessins aux mouvements, les Héliogravures s'exposent au pluriel.

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