1. 1969 Corvette C3 Cabrio Greenwood Stage IV...

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    Novembre 1986, Tampa, Florida, USA... Il était 3h20 lorsque je poussai la porte du Tallahassee. La nuit était torride, mon sweat-shirt me collait entre les omoplates et l'air conditionné me fit un bien fou. Charly, le barman, me fit un signe de la tête, me désignant un tabouret à l'autre bout du bar ou se trouvait Richard Graddy... Mais, pour y arriver il me fallait me dégager de la flopée de singes qui gesticulaient sur la piste de danse. "T'es presque en retard pour ton rendez-vous, de plus, t'as l'air vanné, Patrice, t'as encore fait des excès ?"..., me dit-il d'un ton plein de sous­-entendus. Il continua sans me laisser le temps de répondre : "Tiens à propos, Richard Graddy qui t'a donné ce rancard, il a invité quelques potes dont une personne que tu connais bien... et une autre qui devrait te changer les idées"... J'avais quitté Savannah à 21 h la veille, après un dîner bien arrosé. L'addition me restait encore en ­travers de la gorge. Entre les lampées de champa­gne français, les tournées de homard et les bou­dins d'écrevisse..., mes cornichons de banquiers avaient fait semblant de me parler affaires, chipotant sur des détails futiles d'un contrat qu'ils n'avaient pas l'intention de signer. Les salauds m'avaient promené comme un débutant, mais ils me le payeraient cher un de ces jours dans pas longtemps. Je les avais planté sur le perron de l'Holiday Inn, serrant leurs mains moites de businessmen véreux pendant que le voiturier allait chercher ma Stingray'69 cabriolet bleue au parking souterrain. Lorsque la Corvette s'approcha de la marquise, ils firent tous une bouche en rond et des remarques imbéciles du genre : "Shit Man"... : "Quelle chignole"... : ou alors : "Ouaaouw, la gueule de l'engin"... Débile ! Z'avaient jamais vu une Corvette Greenwood ou quoi ? J'ai filé un vert au voiturier et j'ai démarré comme une bombe en leur envoyant une bonne giclée de graviers en pleine tronche. Savannah-Tampa, la route était longue pour arriver à temps au bar Thallahasee ou Richard Graddy m'avait invité pour un : "super swing de rêve, à l'aube"... Je m'étais en­gagé sur la Highway de Brunswick en pensant à une gentille petite qui avait aménagé récem­ment à côté de chez moi..., elle avait tout ce qu'il faut (aux bons endroits) pour réussir une belle car­rière. Un peu timide au début, elle s'était rapidement révélée être une partenaire sexuelle plei­ne d'humour et sans aucune inhibition. Le ruban de bitume défilait monotone dans le fais­ceau des phares. 55 miles à l'heure, c'est pas foli­chon lorsqu'on est pressé d'arriver à un rendez-vous important. Sur­tout lorsqu'on pilote une Stingray un rien chatouil­lée. Mon gros V8 ronronnait gentiment à 2500 tours et je repensais, en enfilant la bretelle autoroutière de Jacksonville, au paquet d'oseille que ses 500 CV m'avaient coûté chez John Greenwood. Oh, je n'avais aucun regret, sinon celui de ne pas pouvoir débrider ma cavalerie plus souvent. Ma Stingray '69 était fiable, le moteur ne m'avait jamais donné le moindre problème et le radiateur double-faisceau tenait la mécanique au frais dans les pires embouteillages de Tampa. Évidemment, je m'étais laissé posséder pour un kit de carrosse­rie. Il fallait de toutes façons le capot spécial, avec bossage surélevé et prise d'air supplémentaire. Il fallait le pont renforcé et les pneus larges pour transmettre toute la puissance au sol..., alors, John Greenwood avait été tellement persuasif que j'avais dit : "OK pour un kit de base"... Un nez court, des ailes élargies, surtout à l'arrière, des jantes alu Centerline et les pneus ad-hoc, bref, le grand jeu qui ne passe pas inaperçu. J'avais fait tout repeindre en bleu métal pour faire plus discret, mais c'était râpé. Le bruit des échap­pements était tellement rauque et grave que les flics m'arrêtaient de toutes façons, juste pour véri­fier mes papiers et me faire soulever le capot pour se rincer l'œil. Passé Jacksonville, il était 23h00 et le trafic se faisait rare. La nuit était vraiment noire et j'allais traverser la Floride en diagonale à la lueur blafarde de mes Sealed-Beam. Ces foutus règlements US qui interdisaient dans ces années-là les phares à iode étaient vraiment faits pour les couche-tôt. Moi qui roulais souvent la nuit, ça me rongeait. Bref, question de faire une moyenne convenable, je montais le régime à 3800 tours... et, le dos bien calé dans mon baquet, j'enfilais quelques centaines de bor­nes en ligne droite à un bon 150 km/h ! Pas un seul "cop" en vue, peu de trafic en sens inverse, l'air conditionné à fond et les phares plein-­pot, je me payais quelques pointes à 200 sans beaucoup de risques. La Stingray marchait com­me un rêve, collée à la route sur ses gros boudins bien chauds. Un trajet sans anicroche, deux ar­rêts-essence, un petit appoint d'huile routinier, un burger et un coke à mi-chemin... et Tampa était en vue à 3h du matin. J'étais crevé, mais content d'avoir pu "ouvrir" un peu sur cette route noire et déserte. Quand je suis enfin arrivé au Thallahassee, le bar se vidait peu à peu. La piste de danse s'éclaircissait... et la fumée remontait peu à peu vers le plafond. Charly essayait depuis dix ans de me faire avaler une de ses mixtures aux couleurs chatoyan­tes, avec parasol japonais, olives noires et tranche de kiwi et zestes de banane à la menthe. Il prit son air cachottier en m'apportant un Mojito, ma boisson préférée qu'il avait déjà préparé, avant de me dire avec un air conspirateur et un demi-sourire nar­quois : "Richard Graddy t'attend..., tu ne devineras jamais qui va arriver ! John Greenwood en personne..., figure-toi qu'ils se sont organisé un petit défi dans le genre Cannonball, une petite confrontation amicale à l'aube, suite à un pari stupide entre-eux, tu me refileras quelques billets si tu sais participer à leur corrida".... Je réfléchis rapidement. Mes méninges fatiguées passaient en overdrive. Ce barman de malheur avait encore une fois trouvé le moyen de se faire un peu de monnaie à mes dépens. Le dernier pari qu'il avait pris sans me consulter m'avait laissé un goût amer : 700 $ c'est vrai..., mais j'avais dû courser une Pontiac Trans-Am à compresseur. Je m'en sou­viens comme si c'était hier: en pleine nuit, une traversée de la ville de bout en bout, risquer la collision à chaque carrefour, griller une dizaine de feux rouges pour distancer un type saoul qui devait être daltonien. Non franchement, je n'étais pas chaud pour refaire ce genre de cinéma, risquer ma Stingray'69 Greenwood Cabriolet dans un carton d'envergure, risquer ma peau pour quelques billets..., c'était trop dange­reux. Bigrement excitant pourtant ! Avec ce petit côté outlaw qui ne me déplaisait pas. Comme Charly sentait que je n'étais pas chaud, il attaqua sous la ceintu­re : "Hé dis donc Patrice, tu vas pas te dégonfler quand même ! Cette fois, c'est une course à la régulière, Corvette contre Corvette, tu risques rien. Tu connais la ville comme ta poche, les rues sont désertes, il n'a pas plu depuis un mois et il fera clair dans une petite heure ... , alors, t'as peur de quoi ?"... Il souriait, sûr de lui, on aurait dit qu'il jubilait d'avance, comme si j'étais déjà tombé dans le panneau. C'est alors que John Greenwood est entré... Il m'a reconnu, est venu me serrer la pince, a regardé alentours, a vu son pote Richard Graddy avec qui j'avais rendez-vous, lui a fait signe, puis m'a entrainé au fond du bar... et m'a mis dans la confidence ! J'ai de suite senti qu'il y avait une arnaque là-dessous, car en fait de rendez-vous avec Richard Graddy, c'était plutôt John Greenwood qui menait le bal... Il m'a alors expliqué... Alors là, question de pavé dans la marre, j'en ava­lais de travers. "Gulp ! Quoi ? ... Qu'est-ce que tu dis, John ? Holà dis donc, tu n'es pas en train de me dire que tu as parié faire un mini Cannonball, hein ? C'est pas vrai ? J'ai mal compris ou alors tu... non ? Nooon !"... Ses traits s'étaient figés. Je me levais soudain, renversant le tabouret com­me si j'avais reçu une décharge électrique. J'en profitais pour examiner la salle. Le Tallahassee était maintenant pratiquement désert. Seuls quelques couples discrets poursuivaient dans la pénombre leurs cours du soir d'anatomie appliquée. La musique jouait en sourdine, l'air était devenu respirable. Je me réinstallais au bar, la tête entre les mains. John et Richard, avaient invité quelques amis pour un mini Cannonball avant l'aube, uniquement entre propriétaires de Corvette's Greenwood... et j'étais arrivé dans ce foutoir sans savoir... Il me regardait droit dans les yeux, les sourcils en accents circonflexes, un grand point d'interroga­tion dans ses yeux brillants. Visiblement, il ne com­prenait pas mes scrupules. Il cherchait à enchaî­ner, il fouillait dans son attirail d'arguments foireux une bonne excuse qui me ferait changer d'avis. "Le Championnat IMSA est devenu très populaire aux Etats-Unis, les courses en circuit attirent de plus en plus de monde, la préparation des voitures est devenue très sophistiquée et les constructeurs en retirent beaucoup de publicité ! Je me souviens qu'il y a plusieurs années, nous avions préparé deux Corvette's identiques, tou­tes deux peintes aux couleurs du drapeau améri­cain pour participer aux 6 Heures de Mid-Ohio. Nous étions sponsorisés par BF-Goodrich, et nos Corvette's roulaient donc sur des pneus COMP T/A. Ce sont des pneus remarquables, mais ce sont des pneus de tourisme qui nous coûtaient 10 secondes au tour par rapport aux voitures équi­pées en slicks de course... Notre tactique était donc simple : il fallait rouler à fond partout pendant 6 heures pour compenser cet handicap et nos temps aux essais chronomé­trés nous plaçaient à 2 et 4 secondes de nos adversaires..., pas mal du tout car nous les au­rions ridiculisés si nous étions en « slicks » comme eux ! Toujours pour compenser au maximum notre han­dicap de pneus, il fallait que nos arrêts au stand soient hyper-rapides, comme dans les courses Nascar. J'ai donc engagé Mario Rossi, un des meilleurs chefs de stand du Circuit Nascar. Juste avant la course de Mid-Ohio, nous avions équipé nos Corvette de moyeux radicalement nouveaux, avec des guides et des goujons spé­ciaux. Le diamètre de ces goujons de roue était porté à 5/8èmes et les volutes inhabituelles des premiers filets du pas de vis étaient destinés à accélérer les changements de roues. Howard Hurd, qui fournissait toutes les équipes de stock-car, nous avait procuré des boulonneuses à air com­primé, avec des tuyaux d'air extra-larges et des régulateurs de pression. Nous avions également des crics rapides... trois coups de pompe et la voiture était en l'air" ! "Ou veux-tu en venir, John", lui ai-je dit en baillant... "Attend, attend, laisse-moi finir"... "Ok, dépêches-toi, je fatigue de toutes ces histoires de bagnoles"... "En discutant avec Mario, nous avions soigneuse­ment mis au point tous les arrêts au stand. Nous avions littéralement chorégraphié chaque mouve­ment de tous les mécanos, sur papier, et chaque équipier a étudié par cœur ses trajectoires chro­nométrées. Le week-end suivant, nous réunis­sions tout le monde derrière l'atelier pour deux journées de répétitions intensives. Rien n'était laissé au hasard, les différentes interventions étaient répétées encore et encore, Mario hurlait ses ordres comme un entraîneur d'une équipe de foot, encore et encore jusqu'à ce que tout soit parfait, que personne ne se bouscule ou ne se courre dans les jambes. Notre système de moyeu spécial nous faisait ga­gner un temps précieux. Les cinq écrous des roues étaient légèrement collés à la jante, le moyeu de roue était pourvu d'un cône pour faciliter le guida­ge de la roue au montage, il suffisait donc d'aligner les écrous sur les goujons et de pousser la jante vers le moyeu"... "C'est le pas de vis spécial des goujons qui rendait cette manœuvre possible ?"... "Oui, car avec un pas de vis conventionnel les écrous se seraient engagés de travers une fois sur deux ! Le démontage des roues était aussi rapide. Tou­jours sans relâcher la gâchette de la boulonneuse, un habile mouvement du poignet faisait sortir l'écrou de la douille en tourbillonnant. Si jamais l'écrou restait coincé dans la douille, il s'éjectait une fraction de seconde plus tard grâce à une tige montée sur ressort à l'intérieur de la douille. Pen­dant les 4 secondes que durait le démontage d'une roue, les écrous tapaient dans tous les sens en faisant des ricochets dans l'arche de roue"... "Fallait faire attention aux yeux !"... "A la fin de nos entraînements, Mario et tous les préposés aux changements de pneus étaient pleins de bleus dans la figure et sur les mains... , mais après avoir répété l'équivalent de deux courses de 14 Heures, l'équipe était capable de changer 2 roues en 13-14 secondes et les 4 roues en 32 secondes : c'était aussi rapide que dans les courses Nascar... et c'était notre arme secrète"... "Pourquoi tu me racontes tout cela aux petites heures du matin, John ?"... "Laisse-moi finir... Après les essais des 6 Heures de Mid-Ohio, les Porsche de Peter Gregg, AI Holbert, Mike Keyser et quelques autres étaient qualifiées bien devant nos Corvette's. Mais nous n'étions qu'à environ 3 secon­des du meilleur chrono en pôle-position... et donc nous avions nos chances..., surtout s'il se mettait à pleuvoir ! Les autres Teams n'auraient plus l'avantage s'ils devaient monter leurs pneus-pluie, et notre équipe de mécanos aurait l'occasion de prouver leur rapidité si nous devions changer nos Goodrich. Sur piste mouillée, nous avions décidé d'utiliser les COMP.T/A neufs tandis que sur piste sèche nous chaussions les mêmes gommes mais avec une profondeur de sculpture réduite de moi­tié. Au baisser de drapeau, notre stratégie était sim­ple : à fond la caisse et tâcher de garder le contact avec les leaders. Le premier arrêt de nos deux Corvette fut une simple routine. Nous chan­gions les deux roues extérieures en 14 secondes, mais comme il fallait entre 28 et 32 secondes pour faire le plein d'essence... , la rapidité-éclair de nos changeurs de pneus passa inaperçue ! Nous tournions depuis 2 heures, nous allions nous arrêter pour notre 2ème plein d'essence, et soudainement le ciel s'obscurcit et il se mit à pleu­voir... Tous les autres concurrents roulaient en slicks de course et ce fut la panique générale dans les stands car toutes les voitures rentraient d'urgence pour chausser des gommes pluie à sculpture ! Nos Corvette's pouvaient se permettre de faire encore quelques tours avec les Goodrich à demi-sculpture, en atten­dant que les stands s'éclaircissent un peu... et notre équipe de mécanos jubilait voyant que les leaders au classement prenaient plus d'une minu­te pour changer les quatre pneus ! Lorsqu'on me signala de rentrer au stand, les pits étaient pratiquement déserts puisque tout le monde ou presque avait changé de pneus avant nous... , nous allions faire un peu de spectacle ! J'entrai à toute allure dans la piste des stands et stoppai pile sur mes lignes. Les boulonneuses hur­laient déjà avant que je ne sente les trois coups de pompe qui soulevaient le côté droit de ma voiture. Le hurlement strident et ininterrompu de nos bou­lonneuses attira l'attention des méca­nos concurrents, notre petit ballet se déroula sans anicroche et je remarquai même quelques ap­plaudissements lorsque ma Corvette reprit la piste ! Sur cet arrêt-là, nous avons gagné 30 secondes au classement général. Mais le spectacle était loin d'être terminé. Une demi-heure plus tard, la pluie s'arrêtait de tomber et tout le monde rentrait aux stands pour remonter des pneus slick ! De nouveau, je rentrais après tout le monde, on refit le même show et je gagnais encore une fois 30 secondes au classement. 20 minutes plus tard, comme si un gosse jouait avec l'interrupteur à l'étage au-dessus, le ciel s'obscurcit à nouveau et la pluie se remit à tomber de plus belle... En atten­dant ma rentrée au stand, l'équipe était là, trem­pée jusqu'aux os avec leurs pneus, leurs boulon­neuses et leurs crics dégoulinants"... "Plein d'essence, pneus pluie à nouveau, je suppose ?"... "Ouiiiiiiiiiiii et de retour en piste je me demandais si je n'aurais pas mieux fait de rester en secs. Et effectivement, 1/4 d'heure plus tard, le soleil brillait à nouveau ! Le temps que nous avons gagné durant le dernier arrêt au stand m'a permis de remporter la catégo­rie GTO, et notre Corvette N°02 était juste der­rière ! Nous avons fini 1er et 2ème !"... "Super"... "Notre équipe s'était fait remarquer dans les stands de Mid-Ohio et pour la course suivante, trois semaines plus tard, toutes les équipes étaient un peu plus rapides. Le Championnat IMSA avait encore mûri"... "Un peu !"... John Greenwood s'est ensuite accoudé au bar juste devant moi, il a posé son men­ton dans ses poings et a fermé les yeux pour me dire à voix basse : "Y a même une fille qui vient faire le mini-cannonball, on sera une demi douzaine, c'est cool... et..., waouwww, elle vient d'entrer"... Instinctivement, je rentrais la tête dans les épaules et posais mon verre..., je pivotais lentement vers la porte d'entrée du Tallahassee. A dix mètres dans la pénombre, on ne distinguait encore qu'une mas­se de cheveux blonds. "Allons bon", me dis-je en moi-même, "fallait encore que ce soit une blonde, en plus"... Elle s'approchait lentement du bar, de moi en fait. Ma fausse Rolex à quartz se mit à grésiller à mon poignet. Il était 5h. Elle s'arrêta à un mètre, me tendit la main et dit : "Je m'appelle Kathrin"... Gentiment. Sans arrogance. Avec un sourire bou­leversant. Pas un de ces sourires Pepsodent qui vous font une bouche pleine de dents. Non..., un sourire touchant, sensible, sincère, comme je les aime. Ça commençait mal. . Charly entra dans la danse..., sentant mon désarroi, il venait à ma rescousse : "Je vous mixe un Pimm's, Miss Kathrin, et je vous présente la bande de Cannonbaler's : John Greenwood, Richard Graddy, Andy Sullivan, Georges Willsheer, Patrice De Bruyne..., voici Miss Kathrin"... et il s'esquiva à l'au­tre bout du bar, la queue entre les jambes. Toute habillée en noir, avec une jupe en cuir qui moulait des hanches... Pfff !. Et des jambes fuse­lées, gainées d'un nylon sensuel... Tsss ! Son cor­sage n'avait pas l'air creux... et sa longue chevelure descendait en cascades bouclées sur ses épau­les..., de la dynamite, cette Kathrin. Elle posa son sac sur le bar, l'ouvrit d'un geste gracieux et prit une cigarette dans un étui en or. Ses bracelets et sa vraie Cartier jetaient mille feux, ses moindres mouvements étaient d'une sensualité troublante. John Greenwood se précipita avec un briquet, elle se tourna vers lui pour allumer sa Dunhill et la flamme vacillante fit de ses yeux deux diamants. Elle lui sourit, puis trempa ses lèvres au Pimm's que lui avait apporté Charly..., comme un petit oiseau. J'imaginais le liquide couler doucement dans sa gorge, la rafraîchir, la parfumer. Et j'eus envie de la baiser comme une bête ! J'avais mis beaucoup de persuasion dans mon regard... Charly était devenu invisible. Nous étions seuls. Seuls à six ! Je pris Kathrin par le bras... et ma main pourtant assurée s'emplit de picotements. Pas de doute, la petite avait un effet pernicieux sur mes sens pourtant bien rodés... ! Pendant que nous étions Kathrin et moi occupés en pensées réciproques aux prémices amoureux de deux bêtes fauves déchainées, John Greenwood expliquait le BA-BA du mini Cannonball : "On part du parking d'ici, on va la plage de St.Petersbourg...et le premier arrivé gagne le total de ce que nous mettons tous les six dans un pot, soit 6 x 1.000 dollars"... John Greenwood, quel mec ! Son adolescence turbulente, Greenwood l'avait pas­sée à Detroit, la Mecque de l'Automobile Made in USA. Il s'était passionné très tôt pour la mécanique performante, et s'était affronté volontiers aux gros ­bras immortalisés dans le film "American Graffi­ti". Ces courses d'accélération, parfaitement illé­gales, se déroulaient à la tombée de la nuit sur des portions de route déserte. Elles faisaient l'objet de paris parfois importants car on pouvait y perdre des centaines de dollars, ou sa petite amie pour une nuit, ou même sa voiture ... Heureusement pour Greenwood, la Corvette pré­parée par ses soins devint imbattable. Il n'avait même pas 19 ans que sa réputation de "sorcier des Corvette's" franchissait les limites de la ville. Abandonnant ces manifestations quelque peu sordides, confiant en ses compétences, le jeune Greenwood se tourna résolument vers le milieu des pilotes professionnels..., inaugura sa carrière par quelques victoires en circuit... et se retrouva champion national à l'âge de 22 ans ! Fidèle aux Corvette's depuis sa plus tendre enfan­ce, John Greenwood développa une extraordinai­re capacité d'innovation technique pour rendre ses voitures performantes face aux Ferrari's et aux Porsche's. Son instinct de metteur au point se complétait naturellement par ses talents de pilote d'essai : non seulement il identifiait les points fai­bles de la Corvette, il y a apportait les remèdes, il inventait des modifications, les fabriquait, les instal­lait..., mais il prouvait aussi sur circuit qu'elles fonction­naient ! La suspension arrière à bras multiples, inventée et mise au point par Greenwood en 1974 fit ses débuts en course sur la Corvette IMSA de 1975. Sa géométrie et ses composants étaient pratique­ment identiques à ce que Chevrolet installa la génération de Corvette '84... De même, le système d'injection d'essence "Cross-Ram" mis au point par Greenwood, a décidé General Motors de maintenir le Big Block V-8 en production, bien qu'il avait été déci­dé de l'abandonner en faveur des nouveaux V-6.! Greenwood fut également le pionnier en matière de ventilation des freins arrière, imaginant et dé­veloppant les ailes arrière élargies avec prises d'air incorporées : elles apparurent pour la premiè­re fois lors d'une épreuve à Road Atlanta et firent l'objet d'une réclamation de la part de l'équipe Porsche. L'année suivante aux 24-H du Mans, Porsche comme Ford les avaient adoptées ! C'est donc au départ de toute cette expérience en course que John Greenwood a développé une ligne commerciale de produits : des accessoires haute performance destinés à des voitures routiè­res, se comparant lui-même à DP Motorsport, à RUF et à AMG, ces préparateurs européens pres­tigieux qui proposent également une gamme de transformations routières en puisant dans l'expé­rience d'une carrière sportive authentique (et émaillée de succès !). Ce qu'AMG est à Mercedes, ce que Treser est à Audi, ce que Ruf et DP sont à Porsche... , Greenwood l'est à Corvette : le pape ! Imité, copié, plagié... mais inégalé ! Quand John Greenwood ouvrit la porte du Tallahassee, la lumière nous fit fermer les yeux un bref instant. Kathrin vacilla quelque peu, je la soutenais fermement et sa hanche toucha la mienne. Hmmm... Il était 6h du matin, et cinq Corvette's Greenwood étaient rangées à côté de ma Stingray'69, comme des complices prêts à faire un mauvais coup. Je remarquais tout de suite que la Corvette de Katrin était une '87 jaune, et en fis le compliment à Kathrin qui se contenta de me renvoyer un sourire entendu. A n'en pas douter, nous étions entre connaisseurs! Je m'apprêtais à lui ouvrir la portière-passager de ma Stingray, mais elle en fit le tour pour se diriger d'un pas assuré vers sa voiture. Elle était déjà assise derrière son volant, sa por­tière grande ouverte, et sa jupe en cuir remontait bien plus haut que ses genoux. Tsss... Elle chan­geait de chaussures dans une gymnastique diabo­lique, enfilant une paire de mocassins à semelles plates en tricotant des cuisses comme c'est pas permis. Pfff... Enervé, j'introduisis ma clé de contact à l'envers. La main tremblante, je chipotais comme un malheureux et Kathrin démarra son moteur avant moi... VRAAOUM, blamblamblam... Holà ! Kekseksa ? C'était pas un échappement "stock" ça !? Vindieu quel potin. Moi qui croyais que ma Stingray était bruyante. Les autres Corvette Greenwood s'avançaient doucement à côté de ma Stingray, et Kathrin s'arrêta juste à ma hauteur, sa portière contre ma portière-passager. Elle frappa sur ma vitre et me fit signe de la descendre. J'actionnais enfin mon démarreur, et mon V8 se mit en route sèchement. VLAMM, bloblo­bloblo... Je raclais la gorge de mes Holley de quel­ques grands coups d'accélérateur, histoire de montrer que le bruit de leurs échappe­ments ne m'avait pas impressionné outre mesure, puis me suis penché à droite en descendant la vitre électrique posément. John Greenwood dut crier pour couvrir le bruit : "Le pre­mier à la plage de Saint-Pétersbourg rafle la mise. Ça vous va ?"... Et sans nous laisser le temps de répondre, vlan, il a enclenché sa première et a démarré dans un hurlement de pneus. Ah le salaud ! Oh le méchant piège ! J'ai regardé incrédule les deux traînées de gomme qu'il avait laissé sur le parking du Tallahassee, il avait déjà disparu derrière le coin... et je suis resté là une paire de secondes, hébé­té. Rien à faire, puisqu'il voulait la course, j'allais lui montrer ce que j'avais sous la pédale... J'ai débouché sur la rue à fond d'accéléra­teur, décrochage de l'arrière pour prendre l'angle, puis ré-accélération plein-pot. J'étais dans la ligne droite... et pas d'autres Corvette en vue ! Mince alors. Fallait pas traîner pour les rejoindre ! J'ai bourré tout ce que je pouvais jusqu'à la ligne rou­ge. Le long virage qui débouchait sur la route côtière était en vue, la route était déserte et je n'ai pas levé le pied. J'ai enjambé la ligne blanche sans complexes, histoire de prendre la corde au plus serré, à fond d'accélérateur. La Stingray collait à la route, bien en appui, sans dérive... et je suis sorti du virage en pleine accélération. Au bout de l'interminable ligne droite qui longeait la mer... un point jaune m'est apparu à plus d'un mile : la Corvette '87 de Kathrin ! La pédale rivée au plancher, l'aiguille du compte-­tours allait sortir du cadran. Je marchais à plus de 200 krn/h... et je ne me rapprochais pas ! J'avais tout le temps de réfléchir dans cette ligne droi­te pied au plancher. Suffisait de garder le cap et de fixer l'horizon. J'étais cer­tain que ce cornichon de barman de Charly à la noix était en train de se payer ma tête. C'était cousu de fil blanc, son histoire de Cannonball. Il devait être en train de se rouler sous la table, de se tordre de rire... Je n'allais pas m'avouer vaincu pour si peu. En ligne droite, il me suffisait d'écra­ser la pédale. Mais après la ligne droite qui longeait la mer... il restait quelques miles avant Saint-Pétersbourg, un enchaînement de lacets qui déroulait son turban tortueux entre les dunes de sable blanc. Le moindre virage mal jugé, et c'était le décor assuré. Oh, ça sortirait dans le sable, pas bien dangereux, aucun risque de se faire mal ou de se mettre sur le toit. C'est là que j'allais refaire mon retard, reprendre ce mile que John Greenwood et sa clique de copains ainsi que Kathrin..., m'avaient mis dans la vue en démarrant par surprise. C'est là que j'al­lais leur donner une leçon! Je commençais à suer. Faut dire que mon V8, à 5500 t/m pendant un mile sans lever le pied..., commençait à chauffer mé­chamment. L'aiguille de température dansait la javanaise, j'avais coupé l'air conditionné pour ne pas fatiguer les courroies, j'avais les mains moites et j'étais plutôt impatient de pouvoir soulager la mécanique. Le bout de la ligne droite était en vue, avec son beau virage incliné à gauche, une courbe que je prenais régulièrement à fond après un gros freinage. Ce matin-là, j'avais pas le temps de faire des figu­res, je n'allais pas perdre de précieuses secondes. A 1/4 de mile, j'avais toujours la semelle au plan­cher. A l'entrée du virage, j'ai tapé les freins du pied gauche en soulageant un poil l'accélérateur, ma vitesse est tombée et j'étais prêt à balancer la Stingray en appui d'un grand coup de volant pas timide, j'ai mis la voiture en dérive et j'ai accéléré à fond... et j'étais en travers au milieu de la cour­be. Léger contre-braquage bien dosé, toute la gomme sur la pédale de droite... et la Stingray est sortie du virage plein pot. J'étais déjà prêt à enchaîner la courbe suivante, à cheval sur la ligne blanche pour prendre la corde à droite. Un rapide coup d'œil aux instruments : l'aiguille de température avait disparu ! Tant pis pour la température, pas le temps de faire dans la den­telle ! Le prochain virage à droite était assez serré. La chaleur devenait suffocante, j'étais en nage. Slam, un coup sec. Le V8 s'est mis à ratatouiller un moment, le temps que je ralentisse d'un grand coup de semelle sur les freins. Les plaquet­tes se sont mis à fumer en grandes volutes, ça puait l'enfer mais j'allais pas m'inquiéter pour si peu. J'avalais la courbe en pleine dérive du train arrière, j'étais entré un peu trop vite et j'avais dû corriger en dernière minute... , puis de nouveau l'accéléra­teur à fond. Et soudain, la Corvette jaune de Kathrin était de nouveau dans mon collimateur ! "Ah Ah ! ma jolie ! Attends un peu que je te colle à mes tuyaux d'échappement, on va rigoler"... La '87 était visiblement moins à l'aise en virage qu'en ligne droite. Ou alors, la petite n'était pas à son affaire. Dans un cas comme dans l'autre, je fondais dans son dos comme neige au soleil, j'en­filais les courbes nettement plus vite et j'allais pas tarder à la rejoindre. Je pensais déjà au meilleur endroit pour la doubler. La route n'avait qu'une bande dans chaque sens, il ne restait plus qu'à espérer qu'elle soit bonne joueuse et qu'elle ne bouchonne pas la trajectoire ... Je n'étais plus qu'à une vingtaine de mètres. Je voyais nettement les mains de Kathrin virevolter sur le volant. Ses "stop" s'allumaient bien avant les virages, elle perdait trop de temps par excès de prudence, ou alors elle ne connaissait pas le par­cours et se méfiait des pièges. A dix mètres de son pare-chocs, je voyais ses yeux dans son rétroviseur. Ses longues boucles blon­des flottaient dans le vent. Nous marchions à fond de caisse, soulageant en entrée de virage, accélé­rant comme des bêtes entre les courbes. A chaque bout de ligne droite, elle reprenait une dizaine de mètres. Sûr qu'elle avait au moins autant de CV que moi, si pas plus. Ses échappements cra­chaient une grosse flamme jaune orange à chaque fois qu'elle soulageait l'accélérateur..., typique d'un moteur turbo ! Au plus je me rapprochais de la décapotable jaune, au mieux j'entendais les montées et descentes en régime de son moteur..., elles s'accompagnaient d'un sifflement caractéristique, celui d'une ou plu­sieurs turbines..., la garce m'avait bien eu, avec ses airs de sainte ni-touche ! J'ai décidé d'attaquer au premier virage à gauche qui était un peu large et dont je voyais la sortie, his­toire de prendre la corde sans risquer une collision frontale. J'étais à 4000 tours, elle devait être à un régime proche, et sa '87 virait de gau­che à droite sans beaucoup d'inclinaison... , le Sieur Greenwood s'était sûrement penché sur ses ressorts. Et soudain, je vis le trou. C'était maintenant ou jamais. Cette longue courbe à gauche, nous au­rions pu l'aborder beaucoup plus vite mais je me contentais de suivre le train de Kathrin. Sans réfléchir deux fois, j'écrasais la pédale et le klaxon... en une fraction de seconde, j'étais à hauteur de sa portière et Kathrin se retourna soudainement, comme surprise de ma manœuvre. Son regard était glacial. Je détournais la tête pour me concen­trer sur ma trajectoire, la bande inverse était tou­jours libre et je relâchais le klaxon. A plein pot, j'entendais que j'étais en sur-régime mais je ne pouvais plus relâcher les gaz. Kathrin m'a alors repassé aussi sec. J'ai risqué un rapide coup d'œil à droite. Elle ser­rait les dents, bien décidée à rester à ma hauteur pour m'empêcher de me rabattre devant elle. Nous étions à deux de front dans cette courbe à gauche, j'avais un bon capot d'avance mais plus assez de puissance en réserve pour la distancer. Kathrin donnait toute la gomme... et la ligne droite était en vue... L'impasse. J'eus soudain conscience que je ne m'en sortirais pas. Nous étions toujours à deux de front, séparés par une ligne blanche et quelques centimètres de carrosserie, personne en vue dans la bande inverse, pas la moindre bagnole qui m'au­rait donné une excuse pour lever le pied. La ligne droite était en vue... la dernière ligne droite avant les tribunes ! J'étais foutu et je le savais. Nous redressions nos Corvette's d'un même mouvement, comme synchrone, je lui ai lancé un regard penaud, elle m'a mis dix mètres dans la vue, puis m'a déposé proprement dans un sifflement de turbine déchaînée... ! Plus la peine d'insister. Elle le savait et a levé le pied. J'ai fondu à nouveau sur la Corvette jaune comme si elle roulait en roue libre. Et elle roulait en roue libre ! Kathrin avait le bras au-dessus de la portière et je voyais ses yeux moqueurs me dévi­sager dans son rétroviseur. Penaud, la rage aux tripes, je soulageais les gaz et restais derrière elle jusqu'à l'entrée de Saint-Pétersbourg... Elle s'arrêta devant le Palm Beach Hotel, ou John Greenwood et ses potes nous attendaient, hilares... Kathrin coupa le contact et sortit de sa voiture. Je rangeais ma Stingray encore fumante à côté de sa '87 décapo­table, coupais le jus... et sortis de la fournaise. J'étais en sueur. Elle était à peine décoiffée... Elle me dévisageait, l'air contente d'elle... et je ne pus m'empêcher de lui rendre son sourire. "Ka­thrin" lui dis-je, "on ne peut pas dire que vous m'ayez battu à la régulière mais vous êtes arrivée avant moi. Je suppose que c'est tout ce qui comp­te"... Elle partit d'un grand éclat de rire : "Je vais vous avouer une chose, je n'ai jamais conduit aussi vite de ma vie et je ne suis pas prête à recommencer. J'ai eu trop peur. Vous me talon­niez comme un oiseau de proie prêt à fondre sur sa victime, j'ai dû surmonter ma trouille pour rester devant vous ! Mais de toutes façons, je ne voulais vous prouver qu'une chose"... Je me préparais mentalement à un de ces discours féministes sur l'égalité des sexes, les femmes au volant et les hommes à la cuisine. Je rentrai les épaules, pensant à la suite des opérations... et c'est machinalement que je lui dis : "Ah bon ! et que vouliez-vous me prouver alors ?"... "C'est tout simple. En fait, je suis ici en mission officielle. Je travaille pour Grad­dy Richard que vous connaissez bien puisqu'il est concessionnaire Greenwood... et il m'a dit que vous refusiez de faire l'essai d'une '87 parce que vous étiez persuadé que l'auto était bancale et que votre Stingray'69 était la meilleure Corvette Greenwood de tous les temps. Je vous ai donc prouvé que cette série de Corvette est plus performante que vous ne le croyez. Alors voilà, ma mission est rem­plie et les 1000 $ que vous avez mis dans le pot sont toujours à vous, car ce sera votre ristourne si vous achetez une nouvelle Corvette Greenwood chez Richard Graddy"... J'étais soufflé. Scié. Ce Graddy avait vraiment tou­tes les astuces, je l'avais envoyé sur les roses une dizaine de fois... et voilà qu'il organisait un mini Cannonball et m'envoyait un émis­saire de charme au Tallahassee. Quel culot ! Mais au fond..., ce requin de Charly était sûrement dans le coup ! Mais c'est bien sûr ! Je résolu de faire bonne figure et d'essayer de tirer profit de la situation. Après tout, j'étais devant un hôtel-restaurant au bord de la plage, avec une jeune personne bien sous tous rapports... "Ha ha ha !"..., fis-je enjoué, "elle est bien bonne celle-là. Quel complot ! En tous cas, la démonstra­tion a été convaincante et je vous promets d'y penser sérieusement, à cette Greenwood nouveau modèle. Mais dites-moi, Kathrin, que diriez-vous d'un p'tit déjeuner ?"... Je la pris par l'épaule, nous avons tourné le dos à ma Stingray'69 encore fumante... et nous avons mar­ché lentement vers le Palm Beach Hotel. Une nou­velle vie commençait peut-être ! www.GatsbyOnline.com www.ChromesFlammes.com www.LesAutomobilesExtraordinaires.com www.CollectionCar.com

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    • What I Have

      10:28

      from anchoragedailynews Added 3,323 2 0

      In 2007, Shirili Green was diagnosed with breast cancer. She was just 33 years old. After years of treatment, including a double mastectomy, she discovered cancer had returned in 2011. It had spread to her liver and bones. The cancer, stage IV, is terminal. She talks about the experience of living with the knowledge that she's dying and her perspective on the life she has left. Green hopes to contribute to breast cancer awareness, particularly among young women.

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      • Tony Arnold

        02:08

        from Eastern Virginia Medical School Added 621 0 0

        Spend a little time with Tony Arnold, and you’ll pick up on three things: He digs Bruce Springsteen. He has a taste for lively, off-beat art. And he loves to laugh. That sense of humor, fueled by his signature dry wit, helped him tell close friends that he’d been diagnosed with Stage IV throat cancer, and it sustained him and his family through weeks of treatment. Now, thanks to outstanding care, he has a clean bill of health — and a lifetime of laughter ahead. See more patient stories here: evms.edu/MyStory

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        • Jill Costello 2009 Full Interview

          13:10

          from LungCancerFoundation.Org Added 288 0 0

          Interview with Jill Costello in 2009, excerpts of which were used for the 2009 BJALCF Annual video, "Begin the End of Lung Cancer".

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          • Rich Beston, Melanoma Survivor

            03:04

            from The Wistar Institute Added 143 0 0

            Rich Beston survived Stage IV melanoma, and explains why basic research and places like The Wistar Institute saves lives.

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            • The Caregiver: Sheena Finlay

              03:20

              from PWD Visuals Ltd. Added

              Sheena Finlay has cared for her husband living with Colorectal cancer in stage four since 2007. For more information please visit Colorectal Cancer Canada. http://www.colorectal-cancer.ca/

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              • Biomarker Testing For The Colorectal Cancer Patient

                03:40

                from Christopher Free Added

                Biomarker tests help determine which drugs will and will not work. All stage IV colon and rectal cancer survivors should receive KRAS testing. Hear the story of John, a stage IV colon cancer survivor. For more information on biomarkers or KRAS testing, visit FightColorectalCancer.org.

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